Affiche du film  La marche
© AZ Films

La marche

Version originale en français
9 avril 2014

Cher Gandhi

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Le sujet de La marche - qui traite d'un groupe de jeunes qui ont décidé de marcher contre le racisme et pour l'égalité de Marseille à Paris après que l'un d'entre eux ait reçu une balle provenant de l'arme d'un policier -, en est un puissant, prenant, toujours d'actualité aujourd'hui, même si l'histoire du film se déroule en 1983. Mais, une bonne histoire (vraie ou pas) n'est pas suffisante pour produire un bon film, et les bonnes intentions, non plus. Il y avait indubitablement de bonnes volontés dans La marche, tant artistiques que sociales, une détermination à peine voilée de critiquer le racisme sous toutes ses formes, toujours très vivant en France, et ses contrecoups corrosifs, mais il manque une âme au film de Nabil Ben Yadir pour vraiment atteindre sa cible.

Le récit linéaire, les plans fixes en caméra à l'épaule, les personnages frondeurs qui ont tous, ou presque, la même présence à l'écran, le jeu efficace des comédiens, les dialogues et les situations dramatiques mélangées à un humour benêt; tout semble avoir été calculé, mais rien n'est pourtant exceptionnel. Tant techniquement qu'esthétiquement, on a réfléchi à la façon de livrer le message, à sa portée émotionnelle et visuelle, mais on dirait bien qu'on a fait un plan qui, sur papier, fonctionnait à merveille, mais qui avait d'importantes faiblesses lorsqu'on l'a mis en pratique, et plutôt que de réviser le tir, on a décidé de faire confiance à notre intellectualisation de la chose. C'est de la frivolité, du laisser-aller qui manque à La marche. Le film se perd parfois dans une démagogie qu'on cherchait probablement, rationnellement, à éviter.

Il y a aussi énormément de choses dans le drame social de Nabil Ben Yadir; la violence policière, l'assassinat de personnes ethniques, un refus de l'homosexualité, des agressions sauvages pour des questions de sexe ou de couleur de peau, un détachement affectif de parents envers leurs enfants et j'en passe. Parler de xénophobie, et de rejet dans un sens plus large, n'était déjà pas une mince tâche, pourquoi fallait-il y ajouter d'autres thématiques, toutes aussi lourdes et importantes, alors que certaines d'entre elles ne sont exploitées qu'en surface? Il faut savoir choisir ses combats, et La marche n'y arrive pas.

La plupart des acteurs sont crédibles et touchants. Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Vincent Rottiers, Charlotte Le Bon et Lubna Azabal (que l'on a pu voir dans Incendies de Denis Villeneuve) nous convainquent du bien-fondé de leur cause et de l'immensité de leur talent respectif. Il n'y a que Jamel Debbouze dont on questionne l'intérêt de la présence à l'écran. L'humoriste était, certes, arrivé à nous convaincre que ses facultés d'acteur dans Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre (et dans bien d'autres productions par la suite), mais ici il nous apparaît comme le bouffon de service, absolument inutile au bon déroulement de l'histoire.

Le film, aux volontés didactiques, n'étonne pas plus qu'il ne motive. On comprend bien entendu les objectifs louables du réalisateur⁄scénariste, mais il manque de rythme et de caractère à l'oeuvre pour émouvoir. Les beaux discours et les « scènes d'action » ne sont pas suffisants pour captiver un public qui en a vu d'autres.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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