Affiche du film  La guerre est déclarée
© Les Films Séville

La guerre est déclarée

Version originale en français
14 octobre 2011

Garder le sourire

Photo Par Karl Filion

Cela aurait dû être un drame. L'histoire d'un enfant atteint d'un cancer du cerveau et du combat de ses parents pour l'aider à traverser des traitements exigeants et difficiles. Tout est là pour un film larmoyant, porté par des bons sentiments, et par ce concept « d'avoir du coeur » (par opposition à ne pas en avoir). Pourtant, La guerre est déclarée penche plutôt du côté de la comédie. Ce qui le rend d'autant plus émouvant.

Mais oui! C'est logique : quand on espère un drame, on l'a souvent; des situations tristes, des gens tristes, une histoire triste, mais bien peu souvent des larmes. On dirait qu'on est « prêt » à être triste, et que pour cette raison, on ne l'est pas. Quand on regarde une comédie, qu'on peut s'amuser de plusieurs trouvailles visuelles créatives, d'une joie de vivre contagieuse et d'une légèreté du traitement, on est plus enclin à pleurer. Parce que ce n'était pas prévu. Parce qu'on n'a pas emmené les boucliers pour nous prémunir d'une émotion prévisible, redondante et habituelle. On est vulnérable.

C'est là qu'est le génie de La guerre est déclarée. Les deux personnages principaux, interprétés par la réalisatrice et scénariste Valérie Donzelli et son ancien conjoint Jérémie Elkaïm, sont bien sûr bouleversés par cette maladie qui frappe leur enfant, mais ils ne s'empêchent pas de vivre leur vie de couple, de s'amuser un peu, et évitent de se morfondre à l'écran pendant de longues minutes durant lesquelles il est de toute façon impossible pour un spectateur qui n'aurait pas expérimenté une situation semblable de véritablement comprendre et de partager leur émotion. On peut supposer qu'on comprend, et c'est ce que semble dire Donzelli lorsqu'elle rencontre une ancienne amie qui se plaint du rhume de son enfant; on ne comprend pas, autant ne pas essayer de comprendre.

Autant s'intéresser à ce qui est compréhensible : le bouleversement d'un quotidien, l'amour inconditionnel des parents, leurs disputes, leurs mésententes, le travail dédié des professionnels de la santé, l'inquiétude des parents qui veulent le meilleur chirurgien pour leur enfant. Lorsqu'on tourne autour de ces émotions-là, on n'a pas l'impression d'usurper celles des autres, on a l'impression de se joindre à eux. Voilà une voie du drame bien plus intéressante que celle à laquelle on a habituellement droit.

Au delà de cette idée de génie, La guerre est déclarée a quelques longueurs en début et en fin de parcours qui viennent nuire à la montée dramatique; il n'y pas vraiment de surprises, même après coup, dans cette histoire positive, portée par une narration élégante mais datée, et par un talent certain pour l'ellipse. Les comédiens y sont aussi grandement efficaces, tout comme les répliques justes d'un scénario bien maîtrisé sans être trop plaqué.

On aurait apprécié davantage si on avait laissé la créativité de l'auteur s'exprimer pleinement; même si deux ou trois moments désarçonnent autant qu'ils séduisent (une chanson, entre autres, est sublime), reprenant certains motifs de la Nouvelle Vague dans un contexte contemporain, on voit passer tant d'occasion ratées d'être encore plus ingénu.

Mais ne pensons à ce qui n'y est pas, et concentrons-nous sur ce qui y est : de l'intelligence, de la joie, de la tristesse, de l'inventivité, de l'amour. Au cinéma, c'est tout ce qu'il faut.

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Photo Karl Filion

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