Affiche du film La frontière des ténèbres
© Warner Bros. Canada

La frontière des ténèbres

Version en français
v.o.a. : Edge of Darkness
29 janvier 2010

Contrat de confidentialité

Photo Par Karl Filion

Attention : Le texte suivant contient quelques détails anodins de l'intrigue, qui devaient être mentionnés pour illustrer les incohérences du film. Cela ne risque en rien de gâcher le plaisir de voir le film, qui est de toute façon presque absent. Nous préférons vous en avertir.

On semble faire un grand cas, dans La frontière des ténèbres, de ce fameux contrat de confidentialité qui empêche les gens dont la vie est menacée par leur patron de révéler quoi que ce soit à quiconque sous peine de représailles (supplémentaires à la mort). Sans aller jusqu'à dire qu'il s'agit d'une incohérence profonde qui va à l'encontre de toute logique, disons que c'est quand même n'importe quoi et qu'on ne devrait pas bâtir toute la structure dramatique d'un film sur ce simple postulat. Je vous dis tout ça sous le couvert de l'anonymat; ne le répétez à personne : La frontière des ténèbres est un film médiocre qui vous prend pour des imbéciles.

Les personnages prennent tellement de décisions absurdes (comme d'engager des gardes du corps/tueurs à gages qui n'ont pas de permis de port d'armes) et le scénario tellement de raccourcis débilisants (après avoir été enlevé, le héros s'évade, passe la barrière de sécurité sans être ennuyé et retourne chez lui, là où on l'a justement capturé). On essaie de nous faire croire que ces hommes sont puissants et intelligents, mais ils sont en fait tout particulièrement imbéciles. Par exemple? Empoisonner quelqu'un et l'assassiner brutalement (en plus), tout en espérant que l'analyse toxicologique de l'autopsie ne révèlera rien, c'est soit nonchalant, soit très très très idiot. Choisissez, mais sachez qu'au cinéma, l'un ne vaut pas mieux que l'autre.

Cet étrange enlèvement (d'un personnage qui, après avoir compris qu'on avait empoisonné sa fille avec du lait (sa fille qui elle, même si elle se promenait partout avec un détecteur de radio-activité, n'avait pas compris) et être tombé malade mystérieusement à son tour, ne se doute de rien) s'avère tout spécialement incongru dans la trame narrative et logique du film (si on avait voulu s'en débarrasser, on aurait dû le faire, et surtout ne pas l'emmener dans les locaux de l'entreprise qui commandite l'assassinat). Notons aussi l'excellent timing d'un chauffard chargé de happer une témoin compromettante (sous les yeux d'un policier), et son extrême stupidité à foncer vers lui alors qu'il tire. Quel idiot. La frontière des ténèbres est bourré de ces scènes absurdes, presque comiques, qui ne tiennent pas debout et qui détournent de tout propos ou d'éventuelles qualités (ici hypothétiques).

Les bases même de la criminalité 101 et de l'espionnage sont bafouées au nom d'une trame narrative qui fait en plus la belle place à une sentimentalité trop fortement appuyée. On était en droit d'espérer que les personnages de cinéma, après tant d'années et tant d'exemples probants de criminels efficaces, avaient pris au moins quelques notes. On aurait pu s'attendre, de la part des expérimentés Martin Campbell et Mel Gibson, qui fait un retour au grand écran près de huit ans après Signes, un peu plus de sérieux. C'était sans doute trop espérer, surtout en janvier...

Et en plus, le film donne l'impression, au final, que la vie d'un homme vaut davantage s'il est père. Ce qui n'a aucune justification morale; et qui est, éditorialement parlant, d'une obscurité décevante pour un film qui aurait pu/dû aborder ces sujets moralement engageants. Rien à faire, c'est plutôt une suite décousue de coïncidences et de coups de chance; comment croire qu'un professionnel respecté irait jusqu'à oublier un mégot de cigare le compromettant sur les lieux d'une enquête policière? Soit c'est lui l'imbécile, soit c'est nous. Martin Campbell a pris le pari que c'était nous.

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Photo Karl Filion

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