Affiche du film  La fête des mères
© Remstar

La fête des mères

Version en français
v.o.a. : Mother's Day
28 avril 2016

Maman, t'as raté le bateau

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Il y a eu de très bons films choraux (Magnolia, Love ActuallyPulp Fiction), mais il y a eu aussi des échecs lamentables et les Valentine's Day et New Year's Eve de Garry Marshall font définitivement partie de ces indignités cinématographiques.

On aurait pu croire que les critiques désastreuses de ces deux films auraient convaincu Marshall d'abandonner cette voie de la facilité, mais non, l'appât du gain semble avoir perverti le réalisateur de Pretty Woman. Précisons que les acteurs (la plupart de haut calibre) ne sont guère mieux. Il n'y a qu'un salaire irrévérencieux qui peut convaincre des stars comme Julia RobertsKate Hudson et Jason Sudeikis (Jennifer Aniston a l'habitude de ce genre de comédies sans substance) d'apparaître au générique d'un film aussi insipide.

Comme le public n'a généralement pas le temps de s'attacher aux personnages dans un film choral, il faut que le propos de l'oeuvre soit plus grand qu'eux. Dans les films de Garry Marshall, et dans celui-ci encore plus spécifiquement, le thème est bien loin de supplanter les protagonistes. « La fête des mères » n'est pas un sujet assez porteur pour faire l'objet d'un film de 118 minutes. Évidemment, l'idée était de démontrer l'importance et la valeur d'une maman, mais, même là, il n'y a pas assez de matière pour construire une trame solide.

De plus, on y est allé allègrement dans les clichés; la mère divorcée choquée par l'arrivée de la nouvelle petite amie (plus jeune) de son ex, le père monoparental qui doit désormais élevé seul ses deux adolescentes, la femme d'affaires sans enfant, la jeune adulte adoptée qui recherche son identité à travers sa mère biologique, etc. Il y a aussi cette tentative maladroite d'éviter le lieu commun; dans la même famille, on nous balance un couple de lesbiennes ayant eu recours à un donneur, un couple formé d'une Américaine et d'un Indien avec un enfant mulâtre et une mère raciste et conservatrice qui n'accepte pas les choix matrimoniaux de ses filles. Un beau ramassis d'inepties qui a tôt fait de provoquer des maux de tête et des nausées à son public.

Quand le film s'efforce d'être touchant, il devient rapidement mélodramatique et puéril, et lorsqu'il tente d'être comique, il se noie dans une prévisibilité accablante. Peut-être que l'oeuvre aurait gagné à réduire ses artifices. Quand on retrouve un char allégorique en forme d'utérus dans un film, on sait qu'on est allé trop loin. Si les histoires avaient été plus vraies, moins stéréotypées et précipitées, peut-être que le résultat aurait pu être plus réussi...

Mother's Day est une entente à l'amiable entre des acteurs désabusés et un cinéaste sur le respirateur artificiel. Malheureusement, le public ne fait pas partie de cette entente. Il est comme les enfants qu'on trimballe d'une maison à l'autre, victimes impuissantes de l'échec amoureux de leurs parents. Mother's Day est l'issue d'un divorce coûteux et désespérant qu'on aurait souhaité éviter.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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