Affiche du film  La délicatesse
© Les Films Séville

La délicatesse

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Delicacy
25 avril 2012

Aucune idée

Photo Par Karl Filion

La délicatesse, des frères David et Stéphane Foenkinos - adapté du roman éponyme du premier - est un film suranné, aux moeurs désuètes, à l'élégance obsolète, qui tente de parler de relation(s) amoureuse(s) sans vouloir brusquer quoi que ce soit - ni les spectateurs, ni leurs habitudes - mais qui ne se contente pas de l'histoire d'amour ordinaire proposée par les films romantiques. On dirait un vieux film dans un jeune corps, un mélange d'audace formelle et de stéréotypes. Aucune raison que ce ne soit rafraîchissant ou surprenant, et pourtant...

Comme bien d'autres adaptations de romans, le film est particulièrement verbeux et utilise une narration « littéraire » qui essaie de faire le pont entre l'écriture plus impressionniste d'un roman - où les pensées des personnages sont facilement accessibles - et celle, plus rigoureuse, d'un scénario de cinéma, où ce sont les actions qui prévalent. Encore là, pas beaucoup d'invention; ce stratagème est fréquemment utilisé, à défaut de mieux, dans les cas d'adaptation. Mais ce film donne malgré tout l'impression que tout y est possible, même si au fond, ce n'est pas du tout le cas.

Car le récit ne démontre que bien peu d'invention, entre l'histoire d'amour de cette veuve et de ce grand niais trop gentil (elle est trop belle pour toi, mon vieux) et un deuil passé vite fait en ellipse.

Certes, les interprétations sont réjouissantes, entre une Audrey Tautou assez convaincante mais bien peu stimulée et un François Damiens en contrôle mais sans passion (perceptible). Les personnages secondaires sont en plus négligeables, stéréotypés et souvent peu crédibles (le patron, la meilleure amie). Mais aucun des acteurs ne tombe dans la facilité, et c'est bientôt la finesse de leur jeu qui solidifie le film, qui rend sensible à tous ces détails qu'on raterait autrement. Ainsi, c'est dans les anomalies, parfois microscopiques, que l'émotion s'installe, et en profondeur, sous la peau. Un phénomène rare.

Par exemple cette scène, avec la Tour Eiffel illuminée en arrière-plan, où le personnage, conscient du contexte, refuse le romantisme obligé sous prétexte qu'il pourrait le blesser, et s'enfuit. Sans même l'évoquer précisément, on saisit une profondeur bouleversante à ce personnage qui surpasse le cadre de ce simple film-ci.

Si la réalisation est généralement monotone et sans personnalité (beige comme ses personnages), elle parvient tout de même à souligner subtilement les détails et les moments importants, ceux qui justifient ou qui illustrent la beauté dramatico-romantique de cette histoire qui ne ressemble pas aux histoires d'amour habituelles du cinéma.

Le décalage qui englobe le film, la liberté narrative que prennent parfois les réalisateurs, atteint un juste équilibre entre légèreté et gravité, opposant le drame de la mort à la beauté de l'amour (re)naissant, au respect, à la patience. Pas assez pour faire oublier ces longueurs, ces incohérences et toutes ces maladresses de premier film, tout de même.

Mais comment un film aussi imparfait peut-il être aussi émouvant? Aucune idée.

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Photo Karl Filion

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