Affiche du film  La défense de Lincoln
© Les Films Séville

La défense Lincoln

Version en français
v.o.a. : The Lincoln Lawyer
18 mars 2011

L'innocence

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Michael Connelly est un auteur de romans policiers que j'apprécie particulièrement; ses histoires sont toujours habilement construites, ses intrigues pertinentes et enlevantes et les thématiques qu'il exploite sont d'ordinaire judicieuses, facilement applicables à notre société. Le cinéma américain est à la recherche de tels récits pour nourrir ses coffres et remplir ses salles. Mais évidemment, le succès d'un livre dans les librairies n'est pas proportionnel à celui que connaîtra son adaptation au grand écran; le premier livre de Connelly adapté pour le cinéma, Blood Work, a obtenu de bien maigres recettes au box-office. Mais celui-ci est différent. Matthew McConaughey livre une noble et juste performance dans le rôle d'un avocat véreux, qui ne sait plus repérer l'innocence dans le regard de ses clients. Le travail de scénarisation a été - visiblement - effectué avec discernement et finesse, de manière à ce que le passage d'un médium à l'autre soit transparent (ou presque).

Mick Haller a l'habitude, en tant qu'avocat de la défense, de défendre des meurtriers, des violeurs, des criminels. Alors qu'il n'a jamais été véritablement atteint par le peu d'honneur de ses clients corrompus, il est un jour, prisonnier du secret professionnel, obligé de défendre un assassin nommé Louis Roulet. Lorsqu'il réalise qu'un de ses anciens clients purge une peine de prison à vie pour les fautes de Roulet, il s'entête à trouver une manière de faire accuser ce dernier sans briser les règles de son métier.

Adapter un roman au grand écran n'est pas une tâche facile, mais adapter un roman policier est bien plus ardu encore. Tous les éléments qui constituent l'enquête doivent être transposés à la réalité filmique (de l'écrit à l'image), la personnalité des personnages doit être établie rapidement (on n'a pas 400 pages pour illustrer le caractère de chacun) et l'histoire doit rester accessible et intéressante, sans paraître lourde ou fastidieuse aux yeux des spectateurs. The Lincoln Lawyer réussit généralement bien la transition, malgré certains approfondissements inutiles et la multitude de personnages secondaires (la prostituée, l'ex-femme, les clients réguliers, les anciens protégés, les collègues, les ennemis, les alliés; on finit par perdre le compte).

Heureusement, le jeu authentique et convaincant de McConaughey parvient à raccorder efficacement les différents protagonistes et à diriger les cinéphiles au fil de la narration. Certaines longueurs, que même la brillante performance de l'acteur ne peut sauver, entachent tout de même l'oeuvre de Brad Furman. Dans la dernière demi-heure, on sent que le film aurait pu se terminer à au moins cinq moments différents; les dernières scènes sont précipitées et le dénouement - prévisible - tarde à arriver, à conclure cette histoire captivante qui perd de son charme plus elle s'étire inutilement.

Traduire une oeuvre de Connelly pour le grand écran est un défi colossal que les scénaristes de The Lincoln Lawyer ont, en général, bien relevé, gracieusement aidés par un Matthew McConaughey au sommet de sa forme et de son art. Dans la plus pure tradition du drame judiciaire, de nouveaux indices, que l'on avait jusqu'à présent négligés, viennent épargner les gentils et condamner les méchants. Et puisque la réalité en est parfois autrement, il est rassurant de croire que les innocents sont ceux qui l'emportent.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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