Affiche du film  La dame en noir
© Alliance Vivafilm

La dame en noir

Version en français
v.o.a. : The Woman in Black
1 février 2012

Chasseur d'ombres

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Le film d'horreur possède, comme tous les genres cinématographiques, des conventions, des contraintes qui lui sont propres. Mais pour réussir un long métrage de cet acabit, pour qu'il soit considéré comme un succès, il faut savoir aller plus loin que ces simples modalités et se les approprier. The Woman in Black respecte les gouvernes de base du suspense d'épouvante, mais ne sait s'élever au-delà. On nous assomme d'effets sonores carabinés et haletants, du bruit inquiétant de bois qui craque dans un manoir lugubre, de cris ou de pleurs hystériques de femmes, d'enfants au regard terrifiant et leurs jouets patibulaires, mais aucune intrigue pertinente n'accompagne cette ribambelle d'ingrédients pourtant bien exécutés.

L'histoire de The Woman in Black est celle de tous les films d'horreur; une maison hantée effraie les habitants d'un village et lorsqu'un étranger, convaincu de l'inexistence des fantômes, décide d'y entrer, des phénomènes étranges se produisent et la panique gagne progressivement l'homme sceptique. Certains sont parvenus, avec cette même trame, à produire des oeuvres intéressantes (The Others est un de ces cas spécifiques), mais le récit se doit d'être passablement original et différent pour éviter le cliché. Malheureusement, The Woman in Black n'apporte rien, en ce sens, d'assez intrigant pour conserver l'attention de son public. Les origines de cette dame en noir, qui apparaît périodiquement au héros dans la maison abandonnée, ne sont d'aucun intérêt pour le spectateur, vu l'insignifiance et la futilité du personnage. Les liens entre les différentes instances - comme les apparitions furtives de la dame en noir et la mort d'enfants - sont aussi péniblement établis au coeur de la narration. Les décors, les costumes et tout ce qui a trait à la direction artistique restent l'un des paramètres les mieux réussis de l'oeuvre. Cette Angleterre d'une époque révolue nourrit l'atmosphère funeste de l'histoire et lui permet de gagner en unicité.

Le protagoniste masculin, incarné par Daniel Radcliffe, s'avère, quant à lui, relativement vide. On ne réussit pas à s'attacher à ce jeune père de famille dont la femme est décédée à la naissance de leur fils. Bien que son histoire soit, de toute évidence, triste et touchante, le héros se renferme rapidement dans une transe, occulte et hermétique, qui devient lourde, même pour un public friand de films d'horreur. Il faut tout de même admettre que le petit Harry Potter a bien grandi et qu'il n'a pas volé sa place parmi les acteurs les plus riches et appréciés des spectateurs. Le jeune britannique sait jouer, et si on lui en donne encore la chance, Radcliffe pourrait devenir l'un de ces enfants-acteurs jouissant d'une belle et longue carrière dans le domaine du cinéma. Mais encore faut-il que les producteurs et dirigeants de studios considèrent que le petit sorcier a suffisamment grandi pour jouer les adultes.

À défaut d'être atypique ou avant-gardiste, comme d'autres l'ont été, le suspense d'épouvante de James Watkins respecte admirablement les conventions du genre et se révèle une oeuvre - presque - impeccable au niveau théorique. Mais comme la théorie ne suffit pas, au cinéma comme ailleurs, The Woman in Black s'avère incomplet, fragmentaire, lacunaire. Des lacunes qui, pourtant, n'auraient pas été si pénibles à ajuster.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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