Affiche du film  La dame de fer
© Alliance Vivafilm

La dame de fer

Version en français
v.o.a. : The Iron Lady
11 janvier 2012

Soutien-gorge rose et veston noir

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Ce n'est pas la faute de Meryl Streep si The Iron Lady s'avère si fade et sirupeux; la grande comédienne donne une performance magistrale comme seule une femme de sa carrure peut livrer, mais reste que le résultat déçoit et ne rend pas grâce à cette personnalité marquante du monde politique britannique qu'est Margaret Thatcher. Plusieurs sont arrivés à faire de véritables miracles en jouant avec le carcan du drame biographique (on se souviendra bien sûr du portrait mémorable de Richard M. Nixon qu'avait fait Oliver Stone ou de l'éloquent Milk de Gus Van Sant), mais certains, comme c'est le cas de Phyllida Lloyd ici, se perdent dans cette notion de « biographie » et ne parviennent pas à échapper aux clichés ni aux pièges - pourtant évidents - du genre.

On utilise un principe mainte fois exploité au cinéma pour raconter des évènements passés; le flashback. Une Margaret Thatcher âgée, légèrement sénile mais toujours obstinée, se rappelle les moments importants de sa carrière et de sa vie personnelle. Le point de vue de cette vieille dame de fer, même si évident, était un choix d'armature astucieux et compétent, mais c'est l'utilisation du procédé qui est déficient. On saute du passé au présent sans véritable constance, au gré des soubresauts capricieux d'une vieille dame fatiguée et imprévisible qui hallucine son mari, décédé depuis de nombreuses années. Ce va-et-vient dans le temps entraîne un débalancement narratif et, rapidement, une lourdeur inopportune au sein du récit. On peut difficilement s'attacher au personnage en ces circonstances puisque nous n'avons guère la chance de le voir évoluer et se transformer au gré de ses expériences.

On a aussi préféré une esthétique conventionnelle, voire anonyme, marquée par une musique omniprésente, des apparitions en fondu douteuses et quelques images d'archives que l'on semble avoir arrimées de force au montage final. Les gros plans du visage défait de Margaret ne soulèvent pas la compassion et l'admiration qu'ils devraient; peut-être sont-ils trop manifestes, trop découpés, ou peut-être sont-ils, tout simplement, inutiles au coeur d'un récit comme celui-ci? Les moments importants de sa carrière politique semblent avoir été bien cernés, mais manquent de contexte. Le film assume que le spectateur connaît la principale intéressée et ne fait donc qu'une mince introduction du personnage, ce qui, bien entendu, accentue le détachement des moins au fait de politique étrangère.

La qualité de l'interprétation de Meryl Streep réussit tout de même à faire oublier plusieurs des nombreux défauts de cette oeuvre à saveur diplomatique. Si ce n'était du timbre de sa voix, qui nous rappelle l'actrice derrière la sommité, la métamorphose serait parfaite. Avant même que le film prenne l'affiche à New York et à Los Angeles en décembre, l'Oscar de la meilleure actrice lui était déjà dédié (parce que c'est un personnage important, parce que c'est une grande interprète et parce que c'est le genre de production que l'Academy aime saluer).

The Iron Lady déçoit un peu pour les mêmes raisons que J. Edgar l'a fait il y a peu de temps; les attentes étaient trop grandes, les méthodes d'adaptation trop conventionnelles et le scénario décousu. Mais parce que Meryl Streep (tout comme Leonardo Dicaprio) réussit toujours à charmer son audience et à livrer des performances remarquables, on pardonne bien des choses...

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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