Affiche du film  La chanson de l'éléphant
© Les Films Séville

La chanson de l'éléphant

Version en français
v.o.a. : Elephant Song
v.o.a.s.-t.f. : La chanson de l'éléphant
18 février 2015

L'éléphant dans la pièce

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

L'adaptation cinématographique de la pièce de théâtre Elephant Song était des plus intrigantes. D'abord pour les noms de son générique : Charles Binamé à la réalisation, Xavier Dolan et Bruce Greenwood dans les deux rôles principaux et Pierre Gill à la direction photo (Polytechnique, Outlander), puis pour son histoire de disparition sur fond de suspense psychologique qui nous maintenait déjà en haleine pendant les quelques minutes de sa bande-annonce. Mais, malgré la bonne idée et les interprètes de talent, la structure est fragile et cette précarité formelle engendre une vulnérabilité de l'ensemble de l'oeuvre. On pourrait croire qu'elle est principalement engendrée par le cadre du théâtre - son médium d'origine - qui ne disparaît jamais vraiment dans les mouvements de caméra ou la multiplicité des décors. Il y a de ces oeuvres qui perdent de leur valeur dans l'adaptation et malheureusement Elephant Song fait partie des victimes.

Cela étant dit, le film en tant que tel reste intéressant si on ignore sa provenance et ses balises initiales. L'intrigue est bien menée par deux acteurs au sommet de leur art - Dolan et Greenwood - et les plans rapprochés de Binamé, sa caméra insidieuse et son esthétique vieillotte apportent une personnalité à l'oeuvre dont l'histoire profite pleinement. Le montage astucieux et la trame sonore sévère contribuent aussi à la réussite du produit fini.

La tension dramatique est à son maximum jusqu'à la résolution de l'énigme qui, malheureusement, n'est pas à la hauteur du parcours entrepris pour se rendre jusqu'à elle. Et dès que nous connaissons la raison de la mystérieuse disparition et que nous comprenons pourquoi le personnage de Dolan s'est abstenu de divulguer les éléments qui auraient empêché un tel branle-bas, l'intérêt du spectateur se dissipe progressivement jusqu'à un total désintérêt quelques minutes avant le défilement du générique. Cette conclusion morne nous laisse une impression d'inachèvement qui ne nous quitte jamais vraiment. Peut-être aurait-il fallu empêcher le film de tomber dans la monotonie après avoir maintenu son public sur le qui-vive pendant si longtemps...

Le filon de l'histoire qui concerne le psychiatre Toby Green (Bruce Greenwood) s'avère le moins intéressant et le plus laborieux. Ses anciennes amours, sa fille décédée, sa nouvelle femme et sa nièce trisomique manquent de contexte pour être adéquatement interprétés par le spectateur. Le personnage de Dolan est, au contraire, fascinant. Son tempérament borderline et sa manière fourbe de manipuler autrui sont des plus captivantes. On en redemande de son hypocrisie et de sa mythomanie réfléchie.

Même si on ressent que l'histoire aurait été mieux desservie sur scène, le film Elephant Song s'avère quand même une production perversement séduisante et habilement subtile, capable d'établir les liens pertinents entre les différentes variantes narratives. On ne réinvente pas la roue, mais la fait tourner avec suffisamment de dextérité pour maintenir l'attention du spectateur pendant près de deux heures.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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