Affiche du film  Cave of Forgotten Dreams
© SVBiz Inc.

La caverne des rêves oubliés

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Cave of Forgotten Dreams
14 juillet 2011

Matière à réflexion

Photo Par Karl Filion

Pour aider à mieux le définir, l'état dans lequel on se met lorsqu'on est face à un film dans une salle de cinéma a été comparé à des dizaines d'autres choses, de la cérémonie religieuse de groupe à l'état de « rêve éveillé » qui caractérise la sorte de « sas » qu'est la salle de cinéma et cette drôle de « fenêtre », de « hublot » ou « d'écoutille », là-bas au fond. Les métaphores sont nombreuses et chacun a sa manière d'envisager l'acte « d'audio-voir » un film; dans Cave of Forgotten Dreams, Werner Herzog les invoque afin de lier le cinéma à des dessins préhistoriques.

C'est donc au cours de visites des grottes de Chauvet, dans le sud de la France, qu'Herzog se fait explorateur de l'art préhistorique; des dessins anonymes représentant des animaux, mais parfois aussi des petites histoires, des combats ou même tentant de représenter le mouvement, tout ça dans une ambiance de Guerre Froide où tout est interdit. On peut aisément s'émerveiller de la qualité de conservation des dessins (30 000 ans, ce n'est pas rien) et Herzog, en exergue, offre matière à réfléchir en opposant les mutants crocodiles albinos vivant dans une serre à quelques kilomètres de la grotte à l'état quasi-original dans lequel elle est conservée depuis sa découverte en 1994. Cette observation, en 3D, est fascinante.

Et cette exploration est l'occasion d'une étude inspirée de cet état indéfinissable qui est associé à la salle de cinéma. Que voit-on? Qui l'a créé? Que représente-t-il? Est-il réel? Et de la même manière que le cinéma, l'illusion fonctionne plus ou moins bien selon le spectateur; en effet, en particulier pour une scientifique, prétendre qu'on peut « entendre » les combats représentés par les dessins est quelque chose qui ressemble à un acte de foi. Ceux qui voudront les entendre, entendront, les autres...

Sauf que les interventions de scientifiques proposant d'expliquer les dates et les découvertes scientifiques effectuées dans la grotte (tout comme son complexe dispositif de sécurité) viennent nuire à cet état de réflexion, viennent ancrer dans une certaine réalité des préoccupations trop actuelles, trop « extérieures », et on en vient à trouver quelques longueurs à ces explications scientifiques et à cet enthousiasme d'homme qui cherche des grottes avec son nez... On quitte la méditation, la puissance de la voix du narrateur, pour penser à des choses envisageables.

Il y a tant de choses que l'on ne peut pas ressentir, dans une salle de cinéma : l'odeur des choses, le vent, la lumière d'un lieu, et les limites de ce film sont en même temps les limites du cinéma. Il faudrait sans doute dire limites « actuelles » du cinéma, puisque l'émergence du 3D prouve qu'on s'essaie à les repousser, peut-être parce que la mode est au cinéma-maison. Encore une fois, matière à réflexion.

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Photo Karl Filion

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