Affiche du film La belle empoisonneuse
© Christal Films

La belle empoisonneuse

Version originale en français
24 janvier 2008

En attendant l'antidote

Photo Par Karl Filion
Avec l'étrange climat d'incertitude qu'il parvient à créer en premier lieu, Richard Jutras réalise une première moitié de premier film réussie, avec des personnages attachants et des interprètes agréables. C'est mignon comme tout. Cependant, la narration ampoulée aura tôt fait de rattraper toute cette bonne volonté - indispensable contrepartie aux moyens apparemment limités du film - qui faisait le charisme de La belle empoisonneuse. Et quand les intrigues et autres passés troubles s'accumulent et s'accumulent encore pour former un épais brouillard, le film n'a d'autre choix que de se terminer dans la confusion.

Homère Angelopoulos-Lacroix a la tête dans les livres. Nourri aux tragédies grecques, il se passionne aussi pour les champignons. Un jour qu'il se lance dans la vente de carnets de coupons-rabais, il fait la rencontre de Roxane, chapardeuse, fille de grande comédienne aveugle, avec qui il est rapidement jumelé. Mais malgré l'intensité de leur relation, Roxane est déjà prise ailleurs.

Outre une scène burlesque très réussie avec Robert Lepage, c'est quand La belle empoisonneuse met un frein à toute cette cacophonie qu'il est le plus touchant. Un « buzz » lent et affranchi de musique (souvent jolie, mais trop, trop « souvent »), par exemple. Des moments qui n'ont pas comme objectif de cumuler de l'information (comme on le fait au dîner familial) sans trop de subtilité pour mieux expliquer les relations entres les personnages et dévoiler la mécanique de l'intrigue. L'information passée « subtilement » au spectateur n'encourage pas la participation proactive et l'identification émotive aux personnages. On installe le public comme témoin oculaire, pas comme sympathisant.

Si le film a le mérite de prendre de nombreux risques, certains paraissent plus incongrus qu'étonnants, et les principaux comédiens semblent en souffrir un peu. Maxime Denommée et Isabelle Blais se défendent bien, pendant que Benoît Gouin et Isabelle Miquelon font ce qu'ils peuvent avec des personnages mal-définis qui réagissent exagérément. Et franchement, avec le sort que leur réserve le scénario, aucun acteur normalement constitué n'aurait pu faire mieux.

Une tragi-comédie qui est plus drôle que tragique quand, dans un dénouement prévisible, maladroit, abusif et maniéré, les deux personnages sont réunis par ambulance interposée. Le choc n'est pas encore passé, les explications pas encore trouvées pour expliquer la déroute, que le film est déjà terminé; étrange et décevant. Mais attention. Le réalisateur prouve à plusieurs reprises son flair pour les histoires populaires (dans le plus respectueux sens du terme) et sa caméra est toujours bien placée. Cela augure bien pour un nouveau film plus accompli, car on a déjà au moins l'honnêteté.
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Photo Karl Filion

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