Affiche du film  L'oubli
© Universal Pictures

L'oubli

Version en français
v.o.a. : Oblivion
18 avril 2013

Souvenirs enracinés

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Quand un film parvient à déstabiliser son public, lorsqu'il l'amène à réfléchir, à cogiter pour comprendre l'issue de l'histoire et ses fondements, il a déjà gagné quelques points auprès des cinéphiles, harassés par ces oeuvres trop simples qui abondent sur nos écrans. Mais lorsqu'un film veut mettre à l'épreuve le spectateur au niveau de sa logique, il arrive souvent qu'il manque de cohérence; trop compliqué, trop obscur. Oblivion est une oeuvre ambitieuse et alambiquée, certes, mais une oeuvre intelligente et efficace tant dans sa structure que dans sa qualité visuelle.

Évidemment, on peut se demander si l'histoire n'aurait pas nécessité plus de deux heures pour être racontée, si elle n'aurait pas été mieux exploitée dans une série télévisée par exemple, mais comme la télévision n'a habituellement pas les moyens financiers d'Hollywood, on doit se contenter de cette intrusion limitée, mais fort intéressante du réalisateur Joseph Kosinski, également co-auteur de la bande dessinée qui a inspiré le long métrage. Kosinski et ses acolytes scénaristes arrivent à ébranler le public de manière astucieuse. Bien des films tentent de nous amener sur une mauvaise piste pour ensuite nous confondre par la vérité, mais peu y arrivent avec autant de doigté que Oblivion. Même si, au fils des minutes et des heures, il nous arrive de perdre le fil, Kosinski prend bien soin de nous garder en haleine et - le plus important - de nous expliquer habilement chaque incertitude en fin de parcours.

Au-delà son récit intriguant, l'une des plus grandes forces de la production est indéniablement son graphisme étonnant. La Terre dévastée et les monuments célèbres partiellement ensevelis sont d'une grande beauté, et cette somptuosité n'est que décuplée dans les salles IMAX grâce à taille colossale de l'image et au travail minutieux de Kosinski pour emmener le spectateur en plein coeur de ce monde saccagé par des extraterrestres impitoyables. Les couleurs, la saturation, la texture, sont tous les éléments essentiels à la réussite visuelle d'une production comme celle-ci. Le public n'en prendra probablement pas conscience délibérément, mais chacune de ses composantes influence l'intensité de son immersion et, au final, son appréciation.

Tom Cruise est, comme à son habitude, très habile dans le rôle du héros américain. Ici, par contre, il aurait très bien pu être remplacé par un acteur moins connu (qui exige un cachet moins imposant) qui aurait livré une aussi bonne performance, mais comme le Roi de la scientologie fait encore vendre des billets, sa présence au générique est justifiée (mais loin d'être essentielle). Olga Kurylenko et Andrea Riseborough sont compétentes, mais, elles aussi, interchangeables. Le personnage de Morgan Freeman est assez inutile, et plutôt secondaire pour un acteur de la trempe de Freeman.

Quand un film parvient à déstabiliser son public comme le fait Oblivion, il mérite qu'on l'applaudisse, et, peut-être même, qu'on le remercie de faire d'un divertissement aux apparences conventionnelles, une oeuvre post-apocalyptique (et on en a eu sur nos écrans des films du genre ces derniers temps!) inventive et captivante. Pas autant que The Matrix - avec lequel on le comparera - mais beaucoup plus que ce à quoi on s'attendait.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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