Affiche du film  L'opéra de la terreur
© Sony Pictures

L'opéra de la terreur

Version en français
v.o.a. : Evil Dead
5 avril 2013

Si je mens...

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

... Faut aimer ça j'imagine. Je ne suis pas une grande fan de l'horreur, et encore moins du gore, alors lorsqu'Evil Dead me bombarde de membres arrachés, me noie dans des rivières de sang et s'amuse avec l'effet de surprise pour me déstabiliser et m'intimider, moi qui n'avait demandé rien de tout cela, j'essaie d'y trouver l'intérêt, d'y déceler les qualités techniques et narratives, mais - vous comprendrez - j'y rencontre quelques difficultés.

Probablement que d'un point de vue purement professionnel, rationnel, Evil Dead est efficace. Le hors-champs est bien contrôlé, la musique, effrayante (la sirène de pompier ajouté à l'ambiance sonore de la scène finale est délectable), les comédiens en font juste assez et la réalisation arrive à faire un habile compromis entre divertissement et esthétisme. En fait, visuellement, Evil Dead est très réussi. Fede Alvarez s'amuse avec la lumière et les ombres d'une manière peu commune dans ce genre de production. Quoique macabres, certaines séquences sont dignes d'intérêt pour les directeurs photo en herbe. Le réalisateur trouve ses sources de lumière à l'intérieur de l'image plutôt que de lui insuffler un éclairage surnaturel comme le font les films en général.

Même si narrativement, Evil Dead ne révolutionnera pas le suspense d'épouvante, l'histoire est, somme toute, intéressante malgré son classicisme. Une malédiction est prononcée par un tiers - idiot, avouons-le - et le diable s'en prend alors à des adolescents innocents réunis dans une cabane en ruine dans les bois. Comme le film est un remake, il est beaucoup plus facile d'excuser sa simplicité. Si Evil Dead avait été une oeuvre originale, on aurait probablement insisté sur la simplicité du récit, sur son aspect « cliché » - le diable qui possède des jeunes femmes, ce n'est pas très rafraîchissant comme idée -, mais, comme Sam Raimi l'a imaginé en 1981 et que Diablo Cody, aidée d'Alvarez et Sayagues Mendez, l'a remanié (très ingénieusement, il faut l'avouer) pour qu'il ne sonne pas trop old school aux oreilles et aux yeux des jeunes spectateurs, cette histoire de possession et de malédiction, ne dérange pas trop.

Beaucoup de films d'horreur ont récemment tenté d'ajouter une touche d'humour à leur trame narrative, pas Evil Dead. Evil Dead est sérieux. À aucun moment, les spectateurs n'ont envie de rire, même quand la situation frôle le ridicule (et qu'on imagine déjà ce que les frères Wayans en feront dans leur prochain Scary Movie) et dépasse l'entendement. La tension est suffisamment bien soutenue pour que l'effroi et le dégoût surpassent notre envie de rire et, ainsi, dédramatiser la situation.

Evil Dead est une oeuvre d'intérêt pour les amateurs du genre. Il n'a pas la cote 16 ans et plus/violence pour rien, le film en est un sanglant, à certains moments, déstabilisant même, et a de quoi troubler n'importe quel cinéphile légèrement sensible (je fais d'ailleurs partie de ces mauviettes qui ne devraient pas voir ce genre de productions sanguinolentes). Mais, pour tous les autres, pour ceux qui aiment avoir peur et voir le sang couler en fleuve, Evil Dead est le film parfait. Pas jusqu'à dire qu'il est intelligent, mais il est intelligemment monté, intelligemment réalisé et intelligemment écrit. C'est bien suffisant pour obtenir le titre de bon film d'horreur.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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