Affiche du film L'interprète
© Universal Pictures

L'interprète

Version en français
v.o.a. : The Interpreter
27 juillet 2005

La tour de Babel

Photo Par Karl Filion
Sur un fond de discorde politique, le réalisateur Sydney Pollack présente un film pesant de contradictions, moralisateur et accablé d'une poésie élémentaire qui gâche ses aspects les plus réussis, c'est-à-dire un certain mystère bien installé et... et c'est tout.

Dans L'interprète, Nicole Kidman incarne une traductrice de l'ONU qui, par un stupéfiant hasard, surprend une conversation, dans une langue qu'elle est presque la seule à comprendre, visant à faire assassiner le président du Motabo en visite à New York pour tenter de justifier ses crimes de guerres et éviter la cour pénale internationale. Disons qu'on pousse la bonne foi à la limite, que ce hasard, soumit à la rigueur de l'intelligence, ne passe pas, et que la suite apparaîtra bientôt comme tout aussi improbable.

Déjà les prémices annoncent toute la complexité du récit, où se mêleront successivement des conversations burlesques, accablantes de stéréotypes, et un récit inégal et arythmique, sans oublier ces personnages quelconques, qui vivent des situations quelconques, dans un contexte tout sauf quelconque. Il faut admettre que le cadre, qui se prêtait bien à un exercice politisé, s'avère une banale enquête teintée d'une romance déplacée. Une traduction infidèle si on veut, où l'on n'aurait saisi aucune essence ou saveur, où on n'aurait que sommairement dessiné des personnages inconciliables dans un tableau déjà fort dépourvu.

La réalisation du vétéran Sydney Pollack (Sabrina, Three Days of The Condor) est à la fois approximative et commode, elle s'articule autour du récit mais semble toujours quelques pas derrière. Même la scène de l'autobus, généralement appréciée, s'avère prenante mais dépourvue de logique, tandis que les dialogues tombent dans l'oreille d'un sourd qui ne semble jamais impliqué. À la défense de Pollack, disons tout simplement que ces dialogues brisent souvent le rythme par leur monotonie et par leur longueur. Plus saugrenus que prenants, ils deviennent vite un obstacle à l'installation d'une tension efficace.

Les personnages défendus par Sean Penn et Nicole Kidman sont tout sauf intéressants; ils sont froids, distants, insaisissables et ne se rejoignent jamais, malgré ce que l'esprit soi-disant poétique des scénaristes veut bien essayer de nous faire croire. Leur rencontre ne crée ni étincelles ni intérêt, plutôt un certain scepticisme face à cette émotion forcée qui se dégage de leur peine mutuelle. Encore une fois, le hasard fait tellement bien les choses que Penn, dans la peau d'un cliché du genre, est veuf depuis peu, et que Kidman est aussi victime d'un terrible drame.

L'ensemble glisse lentement vers une finale acceptable, mais qui, encore une fois, essaie d'être poétique avec des mots, sans y intégrer l'émotion, ou l'émotivité, de la vraie poésie. Ce ne sont pas les mots qui doivent résonner de sens, mais bien leur assemblage, leur opposition, et les dialoguistes n'y parviennent pas. La fibre sensible du spectateur fait alors face à un choix, laisser l'effet se noyer, ou essayer de le sauver en sympathisant avec lui, quitte à ressortir de la salle avec un goût plus amer qu'engagé.

Au final, L'interprète souffre d'un accablant manque de consistance à cause de son scénario trop vague, de son lyrisme élémentaire et de ses acteurs laissés à eux-mêmes donc perdus. À la lumière de ses personnages principaux, le film devient un plus éprouvant qu'efficace dialogue de sourds, qui ne s'élève pas au-dessus des autres productions du genre malgré son cadre plus puissant dramatiquement. Un travail d'adaptation incomplet.
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Photo Karl Filion

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