Scène du film L'imaginarium du Doctor Parnassus
© Les Films Séville

L'imaginarium du Docteur Parnassus

Version en français
v.o.a. : The Imaginarium of Doctor Parnassus
24 décembre 2009

Fais de beaux rêves ...

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Tout d'abord, personne ne voudrait se retrouver perdu dans l'esprit déjanté de Terry Gilliam sans boussole, sans lanterne; c'est la déchéance assurée. Que ce soit grâce aux personnages déconcertants de Monty Python ou ses élucubrations désarmantes de l'âme humaine - dans Douze singes - ce réalisateur américain a su prouver à maintes reprises toute la passion et le talent - hors norme - qui l'habitent. Dans cette nouvelle épopée au coeur de l'imaginaire, Gilliam entraîne le spectateur dans un univers déroutant - parfois trop - et tente de soulever certains questionnements sur la (fausse) compassion humaine et la multitude de dilemmes auxquels l'homme est confronté chaque jour. Peut-être aurait-il pu rendre son histoire plus plausible, plus accessible, mais rare sont ceux qui jugent de la vraisemblance d'un songe, alors pourquoi une oeuvre prétendant sonder les chimères des mortels devrait-elle s'adonner à l'irréfragable?

Le docteur Parnassus a fait un pacte avec le diable il y a de cela plusieurs années : en échange de l'immortalité, le vieil homme devait lui donner son premier enfant ayant atteint l'âge de 16 ans. Sa fille Valentina, qui travaille avec lui dans son spectacle ambulant, atteindra bientôt l'âge fatidique et Parnassus tente par tous les moyens de sauver sa progéniture des mains malsaines de Monsieur Nick. Aimant bien parier, le diable propose un nouvel accord à Paranssus : Valentina appartiendra au premier des deux qui séduira cinq âmes.

Il faut être préparé à affronter un film tel que L'imaginarium du Docteur Parnassus. Ce n'est pas un divertissement structuré et homogène comme tant de longs métrages qui s'engagent à prendre le spectateur par la main pour préserver son immobilisme intellectuel. C'est un long métrage complexe, tant dans sa structure que dans les thèmes (parfois très abstraits) exploités. À un certain niveau, cette désorganisation actancielle est intéressante, audacieuse, mais le spectateur est rapidement dérouté dans ce désordre d'idées, jusqu'à perdre le fil de l'histoire. Lorsque les personnages traversent le miroir du Docteur Parnassus, le monde devient une illusion, l'accomplissement de rêves absurdes et inconséquents, le récit a donc la légitimité d'être, à ce moment, débridé, mais certaines balises narratives supplémentaires auraient pu faciliter grandement l'intelligibilité du récit. Même lorsque le générique final défile, certaines confusions persistent toujours, laissant le spectateur avec une amère impression d'inachèvement.

Vu les circonstances particulières entourant la production du long métrage - soit la mort de l'acteur principal en plein milieu du tournage -, Gilliam a su rétablir habilement la situation en engageant de grosses pointures du monde artistique (Jude Law, Johnny Depp et Colin Farrel) pour remplacer le défunt Heath Ledger dans quelques scènes. Le changement de visage du protagoniste est relativement plausible dans le contexte fantastique du récit, mais il est tout de même facile de percevoir qu'aucune métamorphose physique n'était prévue dans le scénario original... des ajouts à la hâte, peut-être, mais excusables vu la situation imprévue auquel l'équipe a dû faire face.

La qualité visuelle est également admirable. Un travail particulier fait sur les couleurs appâte le public, désarmé face à l'histoire énigmatique qu'il tente d'assimiler. Peut-être qu'en synthétisant davantage le récit et en priorisant certaines avenues, le long métrage de Terry Gilliam aurait été plus accessible à la masse, plus rationnel, mais rien dans le rêve n'est véritablement conséquent. Alors faudrait-il, pour rassurer le peuple désillusionné, faire adhérer l'imagination à un canevas raisonnable?

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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