Affiche du film  L'homme qui voulait vivre sa vie
© Métropole Films Distribution

L'homme qui voulait vivre sa vie

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : L'homme qui voulait vivre sa vie
2 novembre 2011

Dans l'oeil de ma caméra

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

L'usurpation d'identité ou les banales méprises sur la personne sont des sujets qui ont été maintes fois exploitées au grand écran. L'homme qui voulait vivre sa vie n'apporte rien de significatif, de révolutionnaire en ce sens pour se démarquer de la masse. Par contre, l'interprétation sentie de Romain Duris (qui a su nous prouver à de nombreuses reprises qu'il pouvait être, devant la caméra, ce qu'on exigeait de lui) apporte une certaine singularité à ce divertissement - somme toute plutôt modeste - et l'amène à charmer son public.

Contrairement aux Américains, qui ont tendance à surexpliquer chacun de leurs mouvements, chacune des décisions prises dans leurs films, les Français épurent la narration de façon à ce que le spectateur devine les situations, interprète les gestes des protagonistes plutôt que de se les faire expliquer sans subtilité. C'est probablement l'une des qualités de l'oeuvre d'Eric Lartigau (inspiré des écrits originaux de Douglas Kennedy); il n'y a pas de dialogues superflus entre des personnages secondaires pour expliquer les initiatives du héros, pas de narration lourde et futile qui prend le cinéphile par la main jusqu'à une finale prévisible, le public doit faire lui-même les liens pour comprendre l'histoire, qui se développe généralement au coeur d'un silence communicateur.

Ce mutisme, cette solitude qui habitent le protagoniste deviennent, par contre, langoureux et laborieux après la première demi-heure. Le récit est certes empreint d'une intensité prépondérante, mais, rapidement cette profondeur de l'âme embête le spectateur, toujours habité par le suspense que le film lui propose d'emblée. Parce que le long métrage ne se présente pas comme un drame, mais bien comme un suspense psychologique, et comme l'élément déclencheur est exposé avec suffisamment d'insistance pour qu'on comprenne l'importance de son enjeu, le public reste étonné d'être témoin d'autant de séquences d'intériorisation.

Plusieurs des épreuves que doit vivre le héros sont solutionnées par la chance (ah tiens, un bateau! ah tiens, un journaliste reconnu qui pourrait me trouver un emploi lucratif! ah tiens, un endroit tranquille près de la mer où personne ne me connaît!). Ce genre de choses dérange inévitablement; James Bond réussit ses missions grâce à ses gadgets sophistiqués, Sherlock Holmes résout ses énigmes grâce à sa force de déduction, les X-Men défont les truands grâce à leurs pouvoirs surnaturels, mais lorsque le héros triomphe uniquement en raison des faveurs du destin, on diminue forcément l'attachement et l'intérêt des cinéphiles.

Heureusement que le jeu humain et sensible (peut-être trop par moment) de l'acteur principal fait oublier momentanément les quelques défauts de la production. Certains passages visuellement très beau, poétiques même, positivent également la perception globale de l'oeuvre. L'homme qui voulait vivre sa vie prend une situation banale; un couple avec deux enfants sur le point de divorcer, et la transforme en une tragédie d'envergure presque shakespearienne. Le postulat n'était peut-être pas complètement incohérent, mais le résultat déçoit plus qu'il étonne.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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