Affiche du film  L'homme qui rit
© Métropole Films Distribution

L'homme qui rit

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : The Man Who Laughs
27 mars 2013

Saltimbanques

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

L'homme qui rit de Jean-Pierre Améris, adaptation d'une oeuvre de nul autre que Victor Hugo, laisse plutôt froid. L'histoire n'est pas complètement insignifiante, la réalisation non plus, la performance des acteurs est correcte aussi, mais pourtant, L'homme qui rit s'avère quelconque. La tragédie - qui comporte tous les éléments essentiels d'une tragédie conventionnelle; des amants impossibles, un héros tourmenté, des ambitions sociales indéfectibles - manque d'âme et de substance. On sent l'admiration et la volonté de plaire dans les images d'Améris, mais ce n'est pas suffisant pour charmer le public et l'amener à ressentir la débâcle du héros, son désenchantement et sa mélancolie.

Peut-être qu'une partie du problème provient du fait que Marc-André Grondin est encore trop « beau » pour personnifier la laideur qu'on décrit. Ses marques sur son visage ne sont pas suffisantes pour provoquer de telles répulsions. Les rires de moquerie et les cris d'écoeurement n'ont pas de résonnance à l'écran lorsqu'on comprend qu'ils ne sont provoqués que par une cicatrice - affreuse, oui, mais pas repoussante comme on nous le laisse croire - sur le visage d'un jeune homme du reste au physique enviable. Peut-être que l'idée était précisément de montrer qu'une simple différence peut provoquer un émoi démesuré, mais, si c'est le cas, cette démesure n'est pas suffisamment justifiée et appuyée.

Les comédiens ne livrent pas, non plus, des performances mémorables. Ils incarnent leur personnage machinalement, récitant leur texte avec une sensibilité minimale, comme si on leur avait demandé de ne pas surjouer, même si les décors grandiloquents suggèrent, tout au contraire, l'excès. Très burtonesque, cartoonesque, les costumes et les paysages s'avèrent probablement la grande force du long métrage. Le coin des saltimbanques, où clowns, femmes à barbe et jongleurs se côtoient, est baigné d'une atmosphère ludique, presque inquiétante, qui nourrit efficacement l'histoire et lui insuffle un aspect patibulaire bienvenue.

Malgré tout l'absurde de certains décors et costumes (principalement les habits à la cour), l'humour n'est pas l'un des aspects privilégiés dans la production. On comprend qu'il faut conserver un certain sérieux - on travaille tout de même avec des écrits de Victor Hugo -, on ne peut pas transformer complètement l'oeuvre dramatique et philosophique en comédie burlesque, mais un peu de légèreté (amenée grâce à l'humour) aurait probablement favorisé la fluidité du récit et son accessibilité.

L'homme qui rit aurait pu être un grand film, on ressent son potentiel artistique et sa versatilité, mais il ne s'élève jamais plus haut que l'anodine adaptation. On ne peut pas parler d'un échec, ce serait beaucoup trop sévère pour cette oeuvre intéressante malgré son anonymat, mais L'homme qui rit, en plus de ne pas faire rire, ne fait pleurer, ni choquer, ni provoquer personne. Un bel essai, qui n'aboutit par contre à rien de bien concluant et d'excitant.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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