Affiche du film L'exorcisme d'Emily Rose
© Sony Pictures

L'exorcisme d'Emily Rose

Version en français
v.o.a. : The Exorcism of Emily Rose
14 septembre 2005

Corps, âme et avocats

Photo Par Karl Filion
Autant dire tout de suite que L'exorcisme d'Emily Rose n'a que très peu de qualités. Une énorme déception, parce que les prémices laissent présager un film plus complet et plus prenant, mais surtout plus sérieux.

Comme mentionné par plusieurs, L'exorcisme d'Emily Rose n'est pas un film d'épouvante, c'est plutôt un drame judiciaire risible, qui est bourré d'invraisemblances et d'illogismes tous plus ridicules les uns que les autres. Même l'opposition science/religion est ennuyeuse, sous-exploitée et déficiente. Le réalisateur veut faire croire à la thèse de la possession, et il y met toute son âme, témoins l'inscription « inspiré de faits réels » et l'évidente partialité dans le traitement.

La jeune Emily Rose, fraîchement arrivée à l'université, est victime d'un étrange mal, considéré par les médecins comme de l'épilepsie psychotique. Sauf que sa famille fait appel au père Richard Moore, qui croit plutôt à la thèse de la possession. Ce dernier va pratiquer un exorcisme, va échouer, et Emily mourra quelques jours plus tard. Le père Moore sera alors accusé pour négligence criminelle et subira un retentissant procès qui implique l'archevêché, une avocate ambitieuse et des forces maléfiques.

L'exorcisme d'Emily Rose est bourré d'erreurs flagrantes de logique qui nuisent considérablement à son bon déroulement. D'abord un surplus de clichés : l'avocate athée, le patron menaçant, le témoin caché. Il faut bien que l'avocate subisse aussi les attaques de forces du mal pendant le procès, sinon on s'ennuierait - le problème, c'est qu'on s'ennuie quand même. Sans mentionner les nombreuses énormités : un médecin qui compte les battements de coeur d'Emily alors qu'elle a des convulsions, qu'il tonne et que les chevaux s'emballent, une voiture fatale qui se dirige vers un cul-de-sac à une étonnante vitesse ou cette « procédure accélérée » qui permet à un condamné de recevoir sa sentence instantanément. Et cette « recommandation » du jury, c'est grotesque, d'autant que la juge accepte sur un coup de tête. Pas très sérieux comme tribunal.

La réalisation de Scott Derrickson tombe aussi dans l'habituel : des portes qui claquent, des bruits mystérieux, des orages tonitruants et des ralentis injustifiables. D'autant que l'insistance de la musique trop appuyée finit par agacer. Il y a bien un ou deux moments inspirés, mais ils sont bien trop rares.

Tom Wilkinson n'est pas si mauvais, il est même plutôt efficace, et Jennifer Carpenter, dans le rôle d'Emily Rose, est tout aussi convaincante. Son rôle est apparemment très coriace, et elle ne semble jamais s'y perdre ou si abandonner. Contrairement à tout le monde dans cette production, elle a un certain contrôle. Les autres acteurs sont des clichés éhontés. Il faut dire à leur défense qu'ils travaillent sur des personnages caricaturés et simplistes.

Dommage que le film rate toutes ses chances de faire autre chose qu'un de ces trop nombreux thrillers surnaturels depuis L'exorciste de Friedkin. Pourtant, la complexité morale et juridique de l'histoire aurait pu - ou aurait dû - l'élever à un autre niveau. Sauf que là, le film a autant d'intérêt qu'une émission de cuisine à la télé.
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Photo Karl Filion

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