Affiche du film  L'exode : Dieux et rois
© 20th Century Fox

L'exode : Dieux et rois

Version en français
v.o.a. : Exodus: Gods and Kings
12 décembre 2014

La foi fragile

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

On s'imaginait difficilement que Ridley Scott pourrait un jour prendre une histoire légendaire comme celle de Moïse et la transformer en une farce anachronique, faire d'un prophète magnanime un fanatique schizophrène, et d'un roi égyptien un mannequin de sous-vêtements narcissique. Mais c'est bien l'idée à laquelle nous devons nous résoudre après avoir vu Exodus : Gods and Kings. Après à peine une heure, on comprend que l'échec est inévitable, que le cinéaste a choisi de traiter cette histoire avec beaucoup d'ampleur, mais bien peu de sérieux.

Les costumes fastueux des habitants du royaume de Ramsès sont parfaitement ridicules. Les barbes en or (pour les femmes aussi...), les bretelles en bijoux et les perruques afros ne sont que quelques exemples prouvant l'énergie qu'on a consacrée au dehors plutôt que de peaufiner un scénario déficient. On voulait visiblement que le film soit spectaculaire, mais on semble avoir oublié de le rendre intelligent.

L'histoire de Moïse en est une relativement connue. On en sait quelques bribes; l'enfant abandonné sur le Nil dans un panier d'osier, son exil, les plaies d'Égypte et les dix commandements gravés dans la pierre. Ridley Scott a choisi de raconter le mythe en s'attardant sur des détails plus méconnus. L'idée n'était pas mauvaise, mais ces éléments sur lesquels Scott s'est attardé ne sont pas aussi captivants que le sont les composantes plus connues. Sa rencontre avec les anciens Hébreux qui lui révèlent ses véritables origines, ses épousailles avec une fille de berger, ses tentatives de persuasion de Ramsès afin qu'il accorde l'expatriation à ses esclaves et sa marche interminable vers le pays de Canaan accompagné de ses 600 000 fidèles, ne captivent pas suffisamment pour justifier les (très longues) 150 minutes du film.

Mais, même les moments plus attendus (entendons-nous, nous n'étions pas particulièrement friands et impatients de voir enfin dépeints les dix châtiments et l'écartement des eaux) se révèlent décevants dans leur traitement. La première plaie, celle qui prétend que l'eau du Nil se transforme en sang, est lancée par une attaque de crocodiles. Peut-être ne connais-je pas suffisamment bien mon histoire religieuse, mais je ne me souviens d'aucun alligator ou moustique mangeur d'hommes dans l'Ancien Testament... Même si le réalisateur a d'abord cherché à impressionner son public par des décors, des costumes et des situations grandioses, la scène qui se devait d'être pompeuse et théâtrale - celle de la séparation des eaux de la mer Rouge - est abordée avec une retenue mal placée. Contrairement à ce que l'histoire raconte, dans le film de Scott ce n'est pas Moïse qui crée un passage à travers la mer, il ne fait qu'attendre que Dieu l'assèche.

Exodus : Gods and Kings est raté. Il s'agit probablement du pire film du réalisateur américain depuis longtemps. Comme quoi même si on a la foi envers un prophète (du septième art ici), on peut toujours être déçu.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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