Affiche du film  Free State of Jones
© Remstar

L'état libre de Jones

Version en français
v.o.a. : Free State of Jones
23 juin 2016

Le nègre d'un autre

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Il est d'abord important de préciser que ce n'est pas parce qu'un film traite d'un sujet « important » qu'il est irrémédiablement « bon ». Free State of Jones est un exemple probant de ce fait. Le film nous fait part d'évènements importants de l'histoire américaine - notamment la Guerre de Sécession et l'émancipation des esclaves noirs -, mais la production possède des défauts évidents qu'on a bien du mal à passer outre.

D'abord, le film semble s'adresser à un clan d'érudits puisqu'il n'y a que très peu de mises en contexte. Les Américains connaissent probablement mieux l'histoire de leur pays que nous, les Canadiens, mais même certains d'entre eux auront du mal à faire le point tellement l'histoire manque de balises chronologiques. Il y a certes quelques interstices informatifs nous renseignant sur la date et le lieu, mais elles ne sont pas suffisantes pour nous amener à placer l'ensemble dans un contexte historique cohérent.

Bien que le film est très long - trop long! (deux heures vingt) -, il en couvre beaucoup trop large. Les différentes strates temporelles sont reliées par des images d'archives et des sous-titres explicatifs qui ne font qu'alourdir l'oeuvre encore davantage. Et c'est sans parler de ce saut dans le temps de 85 ans que l'on fait à trois ou quatre reprises dans le film pour parler de la descendance du personnage principal qui a du mal à se détacher de ses racines métisses. Encore une fois, ce n'est pas parce que le sujet n'en est pas un important, mais la manière de l'amener est ici très malhabile.

Cette histoire aurait été très intéressante dans une minisérie historique présentée sur une chaîne spécialisée, mais en tant que long métrage de fiction, elle perd beaucoup d'intérêt. Les bonnes valeurs libérales et le héros américain valeureux sont l'âme de ce film, qui tombe rapidement dans un ton moralisateur. Les longs discours pompeux du personnage principal, encourageant ses troupes, formées d'autant d'hommes et de femmes blancs que noirs, à ne pas céder face à l'ennemi sont un bon exemple de cette tendance prêcheuse du film de Gary Ross.

Matthew McConaughey est un acteur de grand talent qui arrive à nous faire croire en ce personnage insoumis, mais il prêche par l'excès à quelques reprises et son intensité immodérée en vient à surcharger encore le film, qui manque de synthétisation. 

Très didactique, Free State of Jones se noie dans cette volonté évidente (et noble) de dépasser le simple divertissement cinématographique. Il veut instruire son public, mais finit par oublier à qui il s'adresse, complètement obnubilé à son propre discours. Free State of Jones est un peu comme un professeur d'histoire au secondaire qui devient à un moment tellement captivé par son sujet qu'il oublie ses jeunes élèves ingénus et les laisser mariner dans leur ignorance.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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