Affiche du film  L'écume des jours
© Les Films Séville

L'écume des jours

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : L'écume des jours
25 juin 2013

Pléonasme

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Déjà, quand on se prépare à aller voir une adaptation des écrits de Boris Vian, on ne peut pas s'attendre à une oeuvre légère, réaliste et accessible. Le film de Michel Gondry, comme le livre de Boris Vian, est poétique, ludique, transcendant, mais pas nécessairement facile à comprendre. Il faut laisser tomber nos repères pour apprécier L'écume des jours, il faut s'abandonner complètement pour arriver à savourer à sa juste valeur toute la subtilité de cette oeuvre composite et intemporelle.

Évidemment, la première chose que l'on remarque dans L'écume des jours, c'est la qualité des éléments visuels. Les premières scènes sont lumineuses, vivantes, alors que les quelques derniers plans sont présentés sous des teintes de sépia, de gris, jusqu'à un noir et blanc maussade. Michel Gondry, qui nous a aussi donné l'extraordinaire Eternal Sunshine of the Spotless Mind (encore un de mes films préférés à ce jour), parvient assez bien à capturer l'essence des mots de Vian pour les transmettre aux cinéphiles, du plus au moins féru. Certaines images dans les textes de Boris Vian sont plus faciles à représenter que d'autres (le biglemoi, le pianocktails, le nuage rose qui les enveloppe et les transporte étaient plus complexes), mais Gondry arrive toujours à trouver un moyen de les représenter sur grand écran, utilisant à profit la magie des effets spéciaux.

La réalisation et la direction artistique (costumes, décors, maquillages) sont absolument sublimes, mais c'est au niveau de la narration que le bât blesse. Le film paraît découpé en trois ou quatre parties et nous avons parfois l'impression qu'elles n'ont pas été conçues pour former un tout uniforme. L'effet de cassure était peut-être volontaire de la part du cinéaste qui voulait faire ressentir chaque phase vécue par le personnage à son public, mais cette hétérogénéité amène le spectateur à décrocher et à perdre l'affection qu'il avait pour les protagonistes au départ, grâce à la magnifique introduction alliant fantaisie et romantisme.

Le jeu décalé de Romain Duris et Audrey Tautou s'agence parfaitement au reste de la production. Même s'ils penchent parfois dangereusement vers l'exagération, les comédiens parviennent à apporter une sensibilité à leur personnage respectif qui transcende l'aspect fantasmagorique de l'oeuvre. Omar Sy et Gad Elmaleh livrent également de belles performances dans les rôles de l'homme de main du héros et son meilleur ami, un grand admirateur (jusqu'à la déraison) du philosophe Jean-Sol Partre.

Comme dans tous films adaptés d'un livre, il y aura des initiatives plus personnelles du réalisateur qui agaceront les fanatiques (comme la couleur des cheveux du protagoniste par exemple qui n'est pas la même dans le livre et dans le film), mais ces interprétations différentes n'affectent en rien la qualité générale de l'oeuvre.

Si l'histoire avait été mieux montée, mieux (re)construite, probablement que L'écume des jours aurait été un film français mémorable comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind a pu l'être du côté américain, mais les failles narratives sont trop importantes pour qu'on le qualifie de chef-d'oeuvre, comme on l'a fait avec le roman de Vian.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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