Affiche du film  L'art de la fugue
© Axia Films

L'art de la fugue

Version originale en français
30 avril 2015

L'exemple typique du film français

Photo Par Martin Gignac

Le cinéma français a souvent mauvaise réputation. Il est accusé d'être verbeux et sans action, développant ses prémisses autour d'une multitude de quiproquos et des individus qui se mentent et se trompent constamment. Cette idée préconçue, clichée et éprouvée, trouve pourtant tout son sens dans de nombreuses productions. La dernière en liste étant L'art de la fugue.

Comme l'indique son titre, les personnages de ce film préfèrent fuir et se dérober plutôt que de mettre cartes sur table, avouer leurs sentiments et aspirer au bonheur. Cela commence chez les parents qui sont ensemble bien que l'amour n'ait jamais été présent. Devant ce modèle, il n'est guère surprenant que les enfants soient mélangés. Antoine (Laurent Lafitte) est confortable avec son amoureux même s'il ne veut pas trop s'engager. Son frangin Louis (Nicolas Bedos) doit se fiancer, ce qui ne l'empêche pas de filer le parfait bonheur auprès de sa maîtresse. Puis il y a Gérard (Benjamin Biolay), le dernier membre de ce trio en crise existentielle, qui retourne vivre chez papa et maman en attendant de faire le point sur son mariage raté.

Tout ce qui va leur arriver est parfaitement prévisible. Il est cependant difficile de ne pas sourire du début à la fin devant les péripéties de chacun. En transposant le populaire roman éponyme de Stephen McCauley, Brice Cauvin trouve le moyen de saisir convenablement l'air du moment. Ses dialogues drôles et spirituels font mouche plus souvent qu'autrement, dévoilant une part de noirceur insoupçonnée d'où naît l'émotion. Les ruptures de tons sont moins nombreuses que dans le précédent ouvrage du cinéaste (le très bizarre De particulier à particulier) et L'art de la fugue paraît ainsi moins ambitieux. Sauf que l'effort réussit à remplir la plupart de ses objectifs, aussi modestes soient-ils. La finale n'évite pas d'être moralisatrice et certaines scènes se veulent redondantes. Ce n'est heureusement pas suffisant pour gâcher son plaisir.

La mise en scène élégante sert souvent de faire-valoir aux comédiens qui représentent l'âme et le coeur du long métrage. Il est rare que Laurent Lafitte (Les petits mouchoirs) obtienne le premier rôle et il assure avec un charme discret pleinement opérationnel. Physiquement, il est à mille lieux de ses personnages généralement machos et l'acteur amène une touche de vivacité qui est la bienvenue. À tel point qu'il finit par faire un peu d'ombre à Nicolas Bedos (oui, le fils de Guy) que l'on voit trop peu et au chanteur Benjamin Biolay qui est dans l'économie de moyens. Les personnages périphériques sont peut-être superficiels et très typés, ils n'en demeurent pas moins savoureux. Surtout Agnès Jaoui qui refait son numéro de névrosée en amie du héros. En vieillissant, elle commence de plus en plus à ressembler à Catherine Deneuve.

L'art de la fugue sera vite digéré et oublié. Ce type de comédie dramatique se reproduit aussi furieusement que des lapins en rut. Beaucoup de tendresse s'échappe toutefois des situations et des personnages qui rappellent que n'importe qui peut passer à côté de sa vie. L'exercice manque certes de profondeur et d'originalité, sa délicate et charmante musique finit par faire son effet.

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Photo Martin Gignac

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