Affiche du film  L'année de toute les violences
© Remstar

L'année de toutes les violences

Version en français
v.o.a. : A Most Violent Year
v.o.a.s.-t.f. : L'année de toutes les violences
28 janvier 2015

Rêver mieux

Photo Par Martin Gignac

Le rêve américain. Il est la source de quelques-uns des plus grands longs métrages étasuniens des dernières années (There Will Be Blood, The Social Network, Foxcatcher). Il faudra désormais rajouter A Most Violent Year à cette liste très sélecte.

L'année la plus violente en question est celle de 1981, alors qu'un immigré tente de faire sa place dans le marché new-yorkais extrêmement compétitif du pétrole. Malgré toutes ses bonnes volontés et ses discours sur l'honnêteté, notre héros qui porte magnifiquement bien son nom - Abel Morales - devra peu à peu enfreindre ses principes et ses valeurs qui lui tiennent tant à coeur, marchant tel un funambule sur le fil de la légalité. Cet Icare contemporain finira par se brûler les ailes, mais il le fait pour s'assurer une place au soleil, prenant le taureau du capitalisme sauvage par les cornes, versant autant sinon plus de sang et de sueur que les gens qui se dressent devant lui. Des leçons de morales teintées de vitriol qui donnent froid dans le dos malgré une conclusion un peu étirée et exagérée qui n'évite pas quelques excès plus grotesques.

Après deux films aussi brillants que différents (le verbomoteur Margin Call et le pratiquement muet All is Lost), le cinéaste J.C. Chandor change à nouveau de registre, combinant ce que le septième art hollywoodien d'hier à aujourd'hui peut offrir de meilleur. Son scénario fascinant et presque sans faille emprunte à Sidney Lumet (de l'époque Prince of the City), offrant au passage quelques détours savoureux sur la corruption des âmes et la soumission des instincts face à la violence des armes à feu.

Cette obsession du verbe assassin et vampirique ne se fait jamais au détriment des silences qui disent tout et de la forme cinématographique. Un grand soin a été apporté aux ambiances et à l'atmosphère et par moments, on se croirait dans un opus de James Gray (The Yards, We Own the Night ou The Immigrant). La noirceur semble être de tous les plans, créant des vortex symbiotiques avec les esprits qui défilent, les engloutissant comme des Nosferatu modernes. La musique omniprésente, mélodique et pleine de tension d'Alex Ebert renforce ce sentiment d'oppression qui explose littéralement au visage du spectateur lors du générique final.

Loin d'être un feu de paille après le délicieux Inside Llewyn Davis, Oscar Isaac rappelle qu'il peut faire partie des grands si on lui laisse la chance. Il trouve un autre grand rôle avec cet être torturé, aux multiples contradictions. Une performance qui n'est pas sans rappeler les Al Pacino et Robert De Niro de la belle époque. À ses côtés, Jessica Chastain est tout simplement terrifiante en épouse et associée qui utilise tout ce qui est en son pouvoir pour arriver à ses fins. Le reste de la distribution (David Oyelowo de Selma, Albert Brooks de Drive) ne manque pas de gueule même si les personnages sont parfois esquissés sommairement.

Sélectionné comme meilleur film de 2014 par le prestigieux National Board of Review, mais largement boudé par les Oscars, A Most Violent Year est évidemment une fresque à ne pas rater qui ne manque pas de scènes fortes et de poursuites endiablées. Il s'agit surtout d'un prisme éclairant sur la possession et la domination dont les conséquences peuvent être fâcheuses pour le commun des mortels. Plus grand est le rêve, plus terrible sera la chute? Absolument... mais certainement pas pour tout le monde.

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Photo Martin Gignac

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