Affiche québécoise du film  L'américain
© Alliance Vivafilm

L'Américain

Version en français
v.o.a. : The American
1 septembre 2010

Debole Farfalla

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

J'ignore encore quel effet le réalisateur néerlandais Anton Corbjin a voulu donner à son film - pourquoi un tel silence, un tel languissement léthargique? Le mutisme n'est pas une technique inefficace au cinéma, bien au contraire - Podz nous l'a d'ailleurs prouvé récemment grâce à son film Les sept jours du Talion -, mais ici, le silence est inexpliqué, incohérent. Tout dans ce film est d'ailleurs incohérent. Si on évite de nous révéler ce qui caractérise le personnage principal (quel est son véritable emploi, pourquoi est-il poursuivi, qui sont ses patrons?), on doit trouver autre chose pour captiver le spectateur, une raison suffisante pour garder son attention jusqu'au dénouement. Mais rien dans ce long métrage ne mérite qu'on lui consacre un peu moins de deux heures de notre courte existence. Même George Clooney est empreint d'une intensité bancale qui nous exaspère rapidement.

Si j'ai bien compris - le récit est tellement ambigu que je tiens à préciser que ce synopsis est ma propre interprétation de cette oeuvre boiteuse -, Jack est un assassin (il pourrait bien être un chasseur du Bengale cleptomane et misogyne que ça ne ferait aucune différence) qui doit se réfugier dans un petit village d'Italie pour éviter d'attirer les regards de ses ennemis. Là-bas il y rencontre une prostituée du nom de Clara dont il tombe amoureux (encore là, j'assume qu'il s'éprend d'elle, tout est très évasif) et un prêtre qui tente de lui enseigner la voie de Dieu. Fatigué de cette vie anonyme, il dit à son patron qu'il exécutera sa dernière mission et qu'il se retirera par la suite du service. Mais les choses ne se passent pas tout à faire comme prévu.

Quand on a davantage de plaisir à lire la description du livre dont le film est inspiré qu'à visionner l'oeuvre cinématographique en question, il va de soi que le long métrage ne souffre pas que d'une carence superficielle. On aperçoit dans quelques scènes le tatouage de papillon que le protagoniste porte entre ses deux omoplates et on le surnomme M. Farfalla plusieurs fois dans le film, mais cette obsession que le personnage principal porte à cet insecte ailé aurait dû prendre une place beaucoup plus importante au coeur de l'intrigue. Le papillon aurait alors expliqué - ou du moins précisé -  l'aspect contemplatif du récit. Mais on se contente d'allusions discrètes, d'images furtives.

On ne peut pas en vouloir à George Clooney, prisonnier d'une histoire stérile et malhabile, mais reste que cette performance n'est définitivement pas l'une de ses meilleures. Toujours d'une profondeur inexpliquée et d'une autorité douteuse, son jeu n'atteint jamais le paroxysme qu'on lui connaît, comme s'il n'assumait guère les émotions qui parcourent son personnage. Le seul point franchement positif de cette production, étiquetée marginale, est sa beauté visuelle. Les images sont léchées, contenue, réfléchit. Il faut bien l'admettre, le plan séquence dans le tunnel en introduction est parfaitement exécuté et indiscutablement magnifique.

L'Américain est une oeuvre lambine qui semble avoir omis volontairement une foule d'éléments essentiels à la compréhension pour stimuler la déduction, la profondeur, mais qui ne fait qu'étourdir et lasser le spectateur. Le roman possédait tellement de pistes de genèse, tellement de possibilités d'approfondissements, qu'on ne peut qu'être aberré par ce résultat vide de sens et d'intérêt. Non, vraiment, je n'y comprends rien!

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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