Affiche du film  L'âge de raison
© Axia Films

L'âge de raison

Version originale en français
13 juillet 2011

Il n'y a pas d'âge...

Photo Par Karl Filion

On a parfois l'impression que tout ça (« ça » c'est... le cinéma, la critique, la culture dans leur contexte social de création) est un peu vain, quand on voit par exemple des films comme L'âge de raison prendre l'affiche. Un film qui ressemble à tant d'autres, qui essaie de faire la morale et de cerner « les vraies valeurs » et qui en plus, le fait mal, c'est assez décourageant, en plus d'être quétaine et simpliste. Vain, parce qu'il n'y a rien à espérer ni personnellement ni socialement de films comme celui-ci. C'est encore pire parce que la faute n'est pas technique, il ne s'agit pas d'une bête erreur d'exécution, mais de quelque chose de plus profond.

Marguerite Flore (duh!), une femme d'affaires ambitieuse et intransigeante (qui se fait d'ailleurs appeler Margaret), qui reçoit un jour d'un vieux notaire une lettre d'elle-même, écrite à sept ans, pour lui rappeler ce qui était important pour elle à cet âge-là. Elle a évidemment tout oublié, mais qu'à cela ne tienne, le film est là pour tout nous expliquer...  Margaret a tellement changé depuis ses 7 ans, en fait, que même ses yeux ont changé de couleur! Ce qui ne change pas cependant, c'est que Sophie Marceau en fait des tonnes, sans subtilité et sans conviction.

Le principal problème : les personnages sont totalement incohérents, tous bipolaires et parfois philosophes, alors qu'ils y vont tour à tour de leur petit mot d'esprit, parfois emprunté à Oscar Wilde, d'autres fois à une morale de biscuit chinois, tout en posant des gestes insensés. Compromettre sa vie et sa carrière sur une lettre d'enfant et les conseils d'un vieillard (comme le fait d'ailleurs remarquer l'héroïne), c'est un peu absurde... Le sens des priorités des personnages est clairement déficient, ce qui n'est pas surprenant puisqu'ils sont si mal cernés. Même les scènes de romantisme enfantin sont risibles, entre une malchanceuse séquence d'adieux ratée et les habillages sépia liés, bien sûr, au « passé ».

L'admiration du réalisateur Yann Samuell pour la « sagesse » des enfants et leurs mots d'esprit et leur regard sur la vie est tellement irritante qu'elle exaspère; dans cet univers rose bonbon à saveur de guimauve, on ne peut tout simplement pas avoir des objectifs de vie différents de ceux de notre enfance, parce que les enfants, bien, ils ont toujours raison. Et ils ont raison parce qu'ils savent reconnaître les vraies choses importantes de la vie comme : faire des avions en papier, sauter dans des flaques d'eau et monter à l'envers des escaliers mécaniques. Ah oui! et embrasser un prince. Bon. Et une fois que c'est fait? Je veux dire : que faut-il penser du fait que notre belle héroïne ne pourrait pas réaliser son beau projet humanitaire si elle n'avait pas fait fortune auparavant?

Il reste l'opposition bébête entre le stress et le gris de la vie en ville et le plaisir ensoleillé de la vie à la campagne et de la pêche à l'écrevisse dans les ruisseaux... Évidemment, la citadine et sa robe dispendieuse vont tomber à l'eau, se mouiller, pour montrer aussi que le bonheur ne se trouve pas dans les choses matérielles. Qui espère-t-on convaincre avec ces illustrations bidon? Les convertis et personne d'autre. Pas grave, tant qu'on peut s'émerveiller de la beauté de la nature...

Le film ne se pose pas de question, prend la vie à la légère. Il ne s'est apparemment pas demandé non plus ce qu'il pouvait bien ajouter à ces thématiques recyclées du protagoniste carriériste qui trouve un sens à la vie en faisant ce qu'il aime vraiment, en étant lui-même. C'est un peu court, vous en conviendrez. Mais il ne faut pas s'en faire, brisons des assiettes et tout va bien aller.

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Photo Karl Filion

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