Affiche du film  Kurt Cobain: Montage of Heck
© Cinéma du Parc

Kurt Cobain: Montage of Heck

Version originale en anglais
v.o.a.s.-t.f. : Kurt Cobain: Montage of Heck
7 mai 2015

Derrière la légende

Photo Par Martin Gignac

Plus de 20 ans après son suicide, tout semble avoir été dit sur Kurt Cobain. Il y a eu des milliers d'articles sur le chanteur de Nirvana, des biographies, des documentaires comme le peu concluant About a Son et même Gus Van Sant s'en est mêlé en extrapolant sur son existence avec son singulier Last Days. L'admirateur semble tout connaître de l'icône populaire. Mais est-ce réellement le cas?

Montage of Heck affirme le contraire en racontant chronologiquement l'existence du chanteur. Il y a Kurt enfant et souriant qui joue de la musique et qui n'est plus le même depuis la séparation de ses parents. À l'adolescence, il découvre la marijuana, l'humiliation, le sexe et même le désir de s'enlever la vie. Ramené dans le droit chemin par Tracy, le jeune homme offre ses lettres de noblesse au grunge en étant le leader de la formation la plus acclamée de son époque. Devant l'immense succès de Nirvana qui est lourd à porter, il y a les sombres revers de la médaille, les problèmes d'humeur, de scoliose et de consommation d'héroïne, la fréquentation de Courtney Love, la naissance de Frances et la disparition soudaine et tragique de Cobain.

Le récit abordé de façon conventionnelle reçoit heureusement un traitement électrisant du cinéaste Brett Morgen qui utilise des enregistrements vidéo et audio, des poèmes et des animations pour décrire ce qui arrive. Cette idée narrative forte prend rapidement toute la place. Il y a généralement un intervenant qui parle (de la famille de Kurt, l'éternel complice Krist Novoselic, Tracy, Courtney ou Cobain lui-même), des images qui défilent sur un montage saccadé et une mélodie du groupe. L'écho de l'avant-gardiste Tarnation se fait ressentir bien que le souffle ne soit pas aussi sidérant. Un maelström de sensations fortes qui peut donner le tournis avant la fin mais qui permet d'entrer dans la tête de son sujet.

C'est cette intimité qui est si bénéfique. Les démons qui tourmentent le blondinet sont palpables et ils s'expriment au grand jour. Kurt Cobain n'est pas montré comme un dieu de la musique, mais comme un simple mortel qui souffre et qui ignore comment s'extirper de son état dépressif. Un père qui cherche le bonheur de sa fille et un amoureux fidèle. Le fan qui déteste Courtney Love (et il y en a beaucoup) la verra ainsi sous un jour différent en découvrant ces clips extrêmement personnels où le couple fait les 400 coups.

Le documentaire aurait été immense s'il s'était limité à l'essentiel. Mais au bout de 132 minutes, on sent rapidement les longueurs et les redites. Sa réalisation tonitruante finit par assommer et plusieurs séquences sont allongées inutilement. L'équilibre entre la célébrité, la vie privée et la musique n'est pas toujours atteint et à force de vouloir plaire à tous, il est possible de lasser le néophyte et de ne plus présenter d'informations inédites sur cette figure mythique à l'irréductible. Et dans tout ça, pourquoi seulement prendre 15 secondes pour parler de Dave Grohl?

Produit par HBO et autorisé par la famille de l'artiste, ce documentaire s'avère sans aucun doute le plus complet sur Kurt Cobain. Montage of Heck est un essai haut en couleur qui laisse une impression de tristesse et de mélancolie. Envers ce qui arrive au chanteur, évidemment, et qui donne un pincement au coeur. Mais aussi face au résultat final qui passe bien près de marquer son genre - comme Don't Look Back sur Bob Dylan ou Gimme Shelter sur les Rolling Stones - et qui faillit en n'arrivant pas à se renouveler à mi-chemin. On parlera ici d'un surplus d'ambition pour un effort douloureux qui a tant à offrir sur le plan humain, musical et cinématographique.

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Photo Martin Gignac

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