Affiche du film  Juste la fin du monde
© Les Films Séville

Juste la fin du monde

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : It's Only the End of the World
13 septembre 2016

Seul en famille

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Vu au Festival du Film de Toronto.


Après avoir vu Juste la fin du monde de Xavier Dolan, on comprend mieux le désintérêt de plusieurs critiques américains ainsi que la grande admiration des Français, qui lui ont d'ailleurs remis le Grand Prix du jury à Cannes en mai dernier.

Le film possède plusieurs corrélations avec les précédentes oeuvres du jeune prodige québécois du cinéma, notamment au niveau de la musique expressive, des habiles jeux de lumière et des gros plans émotifs et romanesques. Mais, le drame familial est aussi très différent des autres en raison de son style dépouillé, qui s'approche parfois davantage de l'oeuvre théâtrale que du long métrage cinématographique (mentionnons que le film est d'ailleurs inspiré d'une pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce).

Dans Juste la fin du monde, les comédiens sont mis de l'avant plus que jamais. Les multiples gros plans laissent toute la place au jeu des acteurs. Chacun d'eux est sublime d'ailleurs. Gaspard Ulliel arrive à transmettre habilement la nostalgie, la tristesse et la solitude du protagoniste, Léa Seydoux est explosive dans le rôle de la petite soeur admirative, Vincent Cassel crève l’écran sous les traits d’un frère autoritaire et rancunier et Nathalie Baye joue une mère protectrice et déchirée de façon admirable. Mais c’est la performance de Marion Cotillard en belle-soeur docile et fragile qui émeut le plus. L’actrice française trouble par sa vulnérabilité et la soumission dont elle fait preuve envers son mari bouillonnant et imprévisible.

Beaucoup de cris, beaucoup de haine, beaucoup de spleen dans ce huis clos assez classique de Dolan. De dire que ce film est hermétique serait probablement exagéré, mais il est certainement plus difficile à aborder que d'autres de ses précédentes oeuvres, notamment en raison de son rythme très lent et son histoire d'une simplicité extrême. Bien sûr, il y a plus dans Juste la fin du monde qu'un homme qui retourne dans sa ville natale après douze ans d'absence pour annoncer aux siens sa mort prochaine. Il y a une réflexion sur la communication, sur ce qu'on choisit de dire ou ne pas dire. Les personnages, tous hystériques, hurlent leur désespoir à tour de rôle, ce qui a tôt fait de clouer le public sur sa chaise, abasourdi par tant d'aigreur et de rancoeur.

Les textes du nouveau film de Dolan sont débridés, foudroyants et volubiles. Rares sont les instants de silence dans ce film qui s'exprime avec incontinence. Il est fort probable que certains soient rapidement dépassés par le caquetage ininterrompu des personnages, mais cette volubilité apporte une frénésie collective profitable à l'effet hystérique de la production. Mentionnons que Juste la fin du monde emploie de nombreuses expressions françaises que le public québécois aura, parfois, du mal à comprendre.

Juste la fin du monde n'est pas une oeuvre facile à accueillir, mais si on s'y soumet entièrement et qu'on se laisse porter par l'effervescence de ses personnages, on en ressort (positivement) ébranlé.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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