Affiche du film  Joy
© 20th Century Fox

Joy

Version en français
v.o.a. : Joy
23 décembre 2015

La magie n'opère plus

Photo Par Martin Gignac

Joy n'est pas à proprement parler un film de Noël, bien qu'il en possède tous les éléments. Il s'agit d'un conte narré par une voix angélique qui célèbre les vertus de la famille et où figurent des miracles, des chansons, une nostalgie de l'enfance et bien entendu de la neige.

En fait, on a plutôt affaire à un biopic étonnamment conventionnel qui regorge de flaflas et qui a nécessité pas moins de quatre monteurs. Un long métrage éprouvé en trois temps avec une introduction et une conclusion qui se répondent dans une mièvrerie pleinement assumée.

La Joy du titre - qui est interprétée par une Jennifer Lawrence parfaitement dans son élément - est une jeune mère qui a commercialisé une serpillière magique à force de courage, de ténacité et de détermination. On la retrouve d'abord dans sa demeure où elle côtoie allègrement enfants, ex, grand-mère et même son père qui revient habiter à la maison pour semer la bisbille. Le récit met du temps à démarrer, à présenter tous ses personnages colorés, mais ultimement artificiels, dont le plus attendrissant est certainement Robert De Niro en vieux malcommode. Lorsqu'il tombe en amour avec la vénérable Isabella Rossellini, gare aux flammèches!

S'il ne s'y passe rien de transcendant et que l'humour tombe un peu à plat en se faisant gruger par tous ses thèmes trop apparents (il faut suivre ses rêves et travailler en équipe), on a espoir que le film rebondira. Ce qu'il fait heureusement à mi-chemin, alors qu'une certaine critique sociale se dessine en filigrane. On pense au trop peu connu Hobson's Choice de David Lean ou au mésestimé The Hudsucker Proxy des frères Coen, mais sans la satire mordante. L'héroïne a besoin de quelqu'un de bien placé pour commercialiser son invention et c'est là que fait son entrée Bradley Cooper qui l'initie à la joie de la vente et de la télévision. Quelques scènes où le charme opère et où le bonheur est total.

Le retour sur le plancher des vaches est aussi difficile pour le spectateur que pour Joy avec un dernier acte sans grande conviction où la compagnie d'assemblage lui met des bâtons dans les roues et où l'ensemble peine à captiver pleinement. Les bons flashs ont sans doute été nombreux du début à la fin, ce n'était peut-être pas suffisant pour en faire un film. L'absence d'histoire finit par peser lourd et ce n'est ni la mise en scène alerte à la Preston Sturges ni l'interprétation dynamique qui sauvent les meubles.

C'est d'autant plus impardonnable que le film est réalisé et scénarisé par David O. Russell, un cinéaste qui n'avait pratiquement jamais déçu. La seule exception était Nailed!, qu'il a depuis renié. On reconnaît aisément sa touche unique et son désir de créer un second Silver Linings Playbook, ce qui ne se concrétisera malheureusement pas de sitôt. Renouant avec la légèreté ludique de ses débuts (Spanking the Monkey, Flirting With Disaster et son mal-aimé I Heart Huckabees) après des oeuvres plus ambitieuses et matures comme American Hustle, The Fighter et Three Kings, Joy s'apparente à un gros brouillon inachevé qui est souvent indigne de l'immense talent de son créateur. Même son porte-bonheur Jennifer Lawrence n'a pu le ramener dans le droit chemin en l'inspirant correctement. En espérant qu'il ne s'agisse que d'un faux pas et que David O. Russell retrouve la forme.

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Photo Martin Gignac

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