Affiche du film  John Carter
© Walt Disney Pictures Canada

John Carter

Version en français
v.o.a. : John Carter
8 mars 2012

Saute Virginie

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Mettons une chose au clair d'emblée; John Carter n'est pas un grand film, il ne vaut pas les 250 millions $ investis et nous sommes en droit de nous questionner sur les motifs qui ont amené les dirigeants de Disney à miser sur une série aussi complexe et inconnu du grand public, mais (parce que, dans ce cas-ci, il y a un « mais ») John Carter n'est pas l'échec escompté par certains spécialistes qui clamaient déjà au pire flop de l'histoire de Disney un mois avant sa sortie. Peut-être, en effet, que le film ne saura pas remplir les attentes de ses producteurs (qui diminuent pourtant de jour en jour), mais ce ne saura pas faute d'efforts de la part des créateurs artistiques et des scénaristes.

Comme celle d'Harry Potter ou de Lord of the Ring par exemple, une mythologie aussi étoffée que celle de John Carter of Mars - un personnage du romancier Edgar Rice Burroughs, créateur de Tarzan - est ardue à transposer au grand écran. Il faut établir les balises d'un monde nouveau, les caractéristiques de chacun des peuples de cet univers et instaurer un semblant de ligne du temps. John Carter s'avère assez juste en ce sens malgré les nombreuses couches narratives de l'histoire, toutes elles-mêmes composites (le passé et le présent du héros, les raisons du conflit entre les nations martiennes, les mandataires de la déesse qui surveillent et contrôlent le sort des mortels). Même si certains passages sont plus laborieux et, avouons-le, inutiles – entre autres toutes les scènes impliquant l'amourette entre un Terrien et une Martienne - les 132 minutes du film s'écoulent assez rondement et renferment très peu de temps morts.

Dans une oeuvre comme celle-ci, au budget astronomique et aux objectifs purement récréatifs, le spectateur s'attend à être impressionné par des effets spéciaux à la fine pointe de la technologie, seulement, mis à part des Tharks (ces martiens verts aux cordes de buffles dont il est impossible de retenir les noms - aucun nom, de toute façon, ne se retient aisément) et le chien-monstre qui a adopté le personnage principal, la plupart des cabrioles visuelles se révèlent banales. Même si plusieurs séquences ont été tournées en Utah et en Angleterre dans des lieux magnifiques, désertiques, les moments filmés en studio sont beaucoup trop évidents et ralentissent le rythme de la production avec leurs écrans verts mal intégrés et leurs cascades mal calibrées.

Comme on le fait régulièrement à Hollywood, on a tenté d'ajouter une touche d'humour à la science-fiction, probablement pour rendre le protagoniste sévère plus sympathique aux yeux du peuple. Mais, comme on ne parvient généralement pas à séduire le spectateur avec des pirouettes et des jeux de mots débonnaires (à moins d'être Tony Stark), l'aspect comique au sein d'une guerre des plus graves ne fonctionne pas. Le fait qu'on appelle le héros Virginie en raison de son lieu d'origine est rigolo, mais beaucoup trop appuyé et les nombreuses chutes du Terrien qui ne contrôle pas encore la gravité de la planète sont davantage pathétiques qu'amusantes. Les seuls moments qui dérident véritablement le spectateur sont ceux où la narration va trop loin dans ses idéologies et devient ridicule, comme lorsqu'on nous explique que le protagoniste a en fait été télégraphié sur Mars ou que les représentants de la déesse ont un contrôle infini sur tout (rien de moins).

Disney a beaucoup investi dans la promotion de ce long métrage, en en faisant l'un de ses principaux pions de l'année 2012. Inévitablement quelqu'un sera déçu parce que John Carter n'est pas à la hauteur des attentes qu'il a engendrées. Par contre, si on s'y consacre entièrement, accepte sa mythologie sibylline d'emblée, met de côté ses illogismes et se laisse bercer par l'histoire fantastique que ce soldat de la guerre de Sécession a à nous raconter, l'aventure en vaudra la chandelle. L'aberration c'est que la chandelle a coûté 250 millions $...

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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