Affiche du film  Je suis à toi
© Filmoption International

Je suis à toi

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : All Yours
9 septembre 2015

Maître et serviteur

Photo Par Martin Gignac

Ils sont nombreux les cinéastes à toujours réaliser un peu le même film. Bergman, Ozu, Aki Kaurismäki, Bernard Émond: quatre exemples parmi tant d'autres qui ne sont sortis que très rarement de leur zone de confort. S'il ne possède pas encore une large filmographie, le Belge David Lambert semble provenir du même moule.

Chez lui, tout est une question d'intimité, d'amour et d'affres. De confrontations entre deux hommes qui s'aiment et se détestent et qui vont apprendre de grandes choses. Dès son premier scénario sur le fort respectable La régate de Bernard Bellefroid, il y avait ce combat perpétuel entre un père et son fils. Une confrontation qui était également perceptible sur son décevant premier long métrage Hors les murs et qui se situe au coeur de Je suis à toi.

À priori, tout est une question de lourdes dichotomies. Il y a ce prostitué argentin (Nahuel Pérez Biscayart) qui se fait payer un billet d'avion pour habiter chez un boulanger belge (Jean-Michel Balthazar). Le pauvre, jeune, frêle héros qui écoute de la musique branchée versus l'aisé, gros, vieux malcommode abonné au classique. Un affrontement élémentaire qui n'empêche pas son scénariste de développer de drôles de relations entre eux. Un rapport de forces pas toujours égales marqué de prostitution, d'exploitation, de manipulation et d'humiliation. C'est Rainer Werner Fassbinder qui aurait été content!

Le récit perd peu à peu de son mordant pour s'ouvrir vers autre chose. Le constat de dépendance n'est pas seulement humain ou émotif, mais il est également social et économique. De la noirceur est perceptible une certaine lumière et même de l'espoir. La répulsion se transforme peu à peu en tendresse et de surprenants moments musicaux viennent ponctuer l'effort. De quoi être déçu de ce dernier acte plus terre-à-terre et boiteux, qui se termine toutefois d'une façon magique et réconfortante.

Bien que l'on retrouve encore beaucoup de maladresses de la part de son auteur (ce symbolisme proéminent sur ce pain source de vie, ces jeux de miroirs qui accentuent le désert identitaire), David Lambert offre une mise en scène plus que compétente et il est déjà un très bon directeur d'acteurs. Il soutire le meilleur de Nahuel Pérez Biscayart (étonnant dans El Aura et Grand Central) et de Jean-Michel Balthazar (un habitué des frères Dardenne), tout en offrant un rôle soutenu à la Québécoise Monia Chokri. Elle incarne une mère célibataire qui n'est pas insensible aux charmes du protagoniste et sa performance toute en finesse rappelle une certaine Chiara Mastroianni. Si seulement cette chimie pouvait opérer avant cette finale qui sait se passer de mots...

Satisfaisante coproduction qui est portée par une trame sonore vivifiante de la part de Ramasutra et des comédiens qui font parfois toute la différence, Je suis à toi parle d'amour et de solitude avec beaucoup d'authenticité. Tout n'est pas exemplaire et ses nombreux changements de styles brusques pourront en décontenancer plus d'un, mais c'est aussi cette surprise qui brise la monotonie de l'ouvrage et qui en fait sa force.

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Photo Martin Gignac

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