Affiche du film Je me souviens
© Atopia Distribution

Je me souviens

Version originale en français
4 mars 2009

C'est passé, c'est passé

Photo Par Karl Filion
On a habituellement affaire au phénomène inverse. Quand tous les éléments d'un film décortiqué (acteurs, scénario, réalisation, musique, photo, etc.) sont efficaces et intéressants, mais que l'assemblage, sans qu'on puisse vraiment l'expliquer, n'est pas aussi réussi. Avec Je me souviens, tous les éléments, lorsque pris individuellement, sont ratés. Les comédiens jouent sur plusieurs tons en même temps, la réalisation semble gênée et limitée par un budget déficient, mais l'assemblage, le film lui-même, réveille quand même une curiosité inexplicable.

Dans les mines de l'Abitibi, en 1949, Robert Sincennes, affilié au parti communiste-ouvrier, tente de prendre la tête du syndicat de la Sullidor Mining. Son adversaire principal, Richard Bombardier, a l'appui de la partie patronale et du clergé, qui conseille directement Duplessis. Mais lorsque Bombarbier meurt accidentellement, c'est sa veuve qu'on soupçonne. Cette dernière, insultée, décide de se venger, ce qui forcera Sincennes à l'exil. Tout ça se termine en Irlande.

André Forcier n'a jamais travaillé dans le luxe. Ses films prenaient vie à partir de trois fois rien physiquement, mais recélaient de coruscantes trouvailles « fabuleuses » (l'adjectif de « fable ») flirtant avec le surréalisme. Il n'a pas d'équivalent au Québec. L'incongruité de son univers ne réclame pas d'investissements exagérés, mais le voilà quand même réduit à trahir ses intentions pour respecter les limites (trop pragmatiques et terre-à-terre) d'un budget. Et on voit bien qu'il ne sait pas y faire; sans argent, sa caméra se permet plusieurs raccourcis qui servent, de toute évidence, à économiser quelques dollars, si bien que le film ne rend jamais justice à l'histoire, entre rêverie enfantine et pamphlet indépendantiste.

Les comédiens, laissés à eux-mêmes, sont dépendants d'un texte inégal qui, lorsqu'il ne tente pas d'expliquer ce qu'on ne peut montrer, ne s'inscrit dans aucune langue. Cela pourrait fonctionner si la caméra quittait elle aussi le réalisme de l'hiver en noir et blanc de l'Abitibi, mais l'esthétisme cru et la saleté sexuelle impudique de Je me souviens rendent le film plus réaliste, peut-être trop.

Comme si ce n'était pas assez, voilà qu'au beau milieu du film, le récit familial qu'on attendait devient une étrange histoire liant le Québec et l'Irlande dans une quête nationale un peu forcée. Forcier est un auteur, et ce qu'il fait mérite d'être examiné. Mais qu'on regarde de nouveau film sous toutes ses coutures, on n'y verra quand même que les limites techniques d'un projet qui avait pourtant assez d'audace et d'intelligence pour fonctionner. Les personnages ne sont pas de vulgaires mannequins et servent le récit comme on le voit rarement, tandis que les dialogues, empêtrés dans les langues et une musicalité surréelle, mériteraient un meilleur habillage visuel.

Malheureusement, l'idée et les intentions passent inaperçues derrière l'apparent manque de budget du film qui lui donne un aspect burlesque non-assumé car certainement non-volontaire. Bien sûr qu'il n'y a pas de public en dehors des plus déterminés cinéphiles pour le cinéma cinématographique d'André Forcier, cela n'est pas nouveau et rien n'y fera jamais rien. Il n'y a pas assez de bons sentiments, de morales rassurantes, et c'est pour ça qu'on l'aime. Mais quand Forcier ne peut aller au bout de ses idées, l'expérience n'est bien sûre pas aussi aboutie.
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Photo Karl Filion

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