Affiche du film  Jasmine French
© Métropole Films Distribution

Jasmine French

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Blue Jasmine
v.f. : Jasmine French
28 août 2013

Démence pécuniaire

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Probablement que Blue Jasmine aurait été particulièrement anodin si ce n'était pas le grand Woody Allen qui en était l'architecte. L'histoire de cette femme qui se retrouve forcée d'habiter avec sa soeur peu fortunée à San Francisco après que son riche mari ait été arrêté pour fraude semble plutôt banale aux premiers abords, mais les textes intelligents d'Allen, son sens de la répartie et la concoction maîtrisée de ses personnages en font un produit charmant.

Il y a quelque chose d'intemporel dans le cinéma de Woody Allen qui captive et séduit presque systématiquement. Blue Jasmine n'échappe pas à cette grâce subtile qu'Allen parvient à transmettre avec une diplomatie toujours consciente. Délicat, sincère, étonnant même, la nouvelle comédie dramatique du réalisateur américain n'est peut-être pas l'une de ses plus grandes oeuvres mais envoûte comme ont l'habitude de le faire les films d'Allen. C'est la manière dont les personnages sont amenés, les textes toujours brillants et la qualité des interprètes qui caractérisent si spécifiquement son cinéma.

Dans le cas présent, c'est sur Cate Blanchett que repose, en grande partie, la réussite du long métrage. L'actrice est inébranlable, magnétique. Dès qu'on la voit apparaître à l'écran, on comprend, à travers ses mouvements spasmodiques et sa voix paniquée, à quel genre d'individu on nous confronte. Nous n'avons pas besoin de davantage d'explications pour entrevoir la détresse de la protagoniste et sa consternation. Sally Hawkins s'avère également très juste et poignante dans le rôle de la soeur, moins fortunée, de l'héroïne. La naïveté de son personnage est touchante et même si elle nous exaspère parfois par ses réactions et ses réflexions saugrenues, on s'attache à elle et on adhère à ses convictions.

Les retours en arrière, qui nous amènent à comprendre les frustrations et les rancunes qu'entretiennent les différents personnages, sont bien intégrés et toujours pertinents. Briser la chronologie d'une histoire peut comporter des risques, mais lorsque la fracture séquentielle est aussi bien réalisée, les répercussions ne peuvent n'être que positives. Les cassures permettent ici un retardement dans la divulgation des indices délivrés au spectateur. Ce dernier a le temps de se forger une opinion sur la situation avant de connaître la vérité. Un travail intellectuel qu'il n'a pas souvent toujours l'occasion de faire au cinéma.

Avec un long métrage par année, le cinéaste de 77 ans pourrait tomber dans la facilité et nous présenter plus ou moins toujours la même histoire, le même film, mais Allen se renouvelle constamment et parvient à épater son public presque à tous les coups. Même si Blue Jasmine n'est pas aussi stimulant que Midnight in Paris ou aussi enthousiasmant que Match Point, il parvient à se créer un univers qui lui est propre et à charmer à sa façon malgré quelques piétinements inutiles.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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