Affiche du film Jarhead
© Universal Pictures

Jarhead

Version en français
v.o.a. : Jarhead
9 novembre 2005

Les têtes-de-noeuds

Photo Par Samuel Matteau
Un film de guerre réaliste et choquant qui traite d'un sujet politique délicat et où seul le combat se retrouve dans la tête des soldats.

Sam Mendes peut être fier de n'avoir réussi qu'à faire que des bons films. Ayant une jeune carrière derrière lui, Mendes n'en compte que trois à son actif (dont celui qui a gagné l'Oscar du meilleur film en 1999, American Beauty). Les attentes étaient donc très élevées pour le nouveau projet du réalisateur. Jarhead est un histoire de guerre qui ne montre pas la guerre. Les soldats sont confrontés à quelque chose de plus dangereux que les Irakiens, c'est à dire eux-mêmes. Oubliez les batailles qui n'en finissent plus et les morts que l'on peut compter par centaines, ici c'est le bourbier des Marines, les vraies affaires, celles qui ne sont pas montrées par les canaux de télévision à sensation forte. Jarhead est donc une oeuvre très intense et cru sur les à-côtés des guerres qui ne laissera personne indifférent. Quelle sagesse d'avoir fait un film de guerre sans guerre.

Dans Jarhead, nous suivons les péripéties du jeune Tony Swofford qui s'engage dans le corps des Marines. C'est après un entraînement physique et psychologique très exigeant et parfois humiliant que Swofford et d'autres recrues seront par la suite envoyé en Arabie Saoudite pour combattre les Irakiens envoyés par Saddam Hussein qui vient d'envahir le Koweit. On se retrouve donc en 1989 lorsque l'opération Bouclier du désert a été mise en place. Attendant l'ennemi dans le désert à des températures atteignant les 45 degrés, les jeunes soldats attendent avec impatience le début des hostilités. C'est donc en jouant au football, en regardant Apocalyspe Now et en se masturbant que les Marines tentent de passer le temps.

Jarhead présente le côté sale et cruel du milieu de la guerre et n'en fait aucunement l'éloge. Les idéaux que l'on tente d'inculquer aux Marines se retrouvent massacrés par le fait qu'ils ne mènent à rien. D'où l'absurdité de la chose. C'est dans cet espèce de cynisme que nous plonge le film. Sam Mendes, ayant choisi un sujet plutôt délicat, a réussi avec brio à éviter de traiter de politique ou de prendre une quelconque position. Ce choix est d'autant plus appuyé par les paroles d'un soldat qui prouve le ridicule de la situation : « Oublie tout sur la politique, mec. Nous faisons nos trucs et c'est tout ». Jarhead est donc épaulé par un scénario solide traitant d'un sujet qui aurait pu, dans les circonstances actuelles, rehausser le sentiment patriotique américain, ce qui aurait pu donner un autre déchet hollywoodien pour se redorer le blason.

Sam Mendes a opté pour le look documentaire. Ce procédé rehausse d'autant plus le réalisme de la chose, ce qui donne plus d'impact au niveau du message que le film essaie de livrer. Nous sommes donc des spectateurs omniprésents tout au long du film. De plus, la voix-off de Swofford est constamment présente ce qui interpelle beaucoup plus le spectateur. Malgré la signature visuelle qui n'est pas classique, le film regorge d'images et de plans magnifiques qui dépeignent la triste réalité de la guerre. Pensons à cette scène lorsque les puits de pétrole sont mis à feu : grandiose.

Jake Gyllenhaal, en agitateur principal, offre une performance réaliste et apparemment honnête, à la fois intense par moments et si dépourvue ensuite. Une intensité qu'il partage avec ses co-vedettes, un Jamie Foxx en forme et un Peter Sarsgaard étonnant.

Jarhead n'est pas parfait, certes, mais les points négatifs sont mineurs et se font vite oublier. Une erreur que commet le film, par exemple, c'est de ne pas montrer les conséquences du refoulement des jeunes Marines alors qu'ils sont entraînés pour tuer et de ne pas avoir su utiliser leurs apprentissages lorsqu'il était temps. Le genre de chose qui pourrait aisément être ajouté à la toute fin du monologue du narrateur.

Jarhead est donc de ces rares films qui choquent sans tomber dans la violence et qui laissent un arrière-goût étrange. Le film réussit son objectif en accordant une importance particulière à la futilité de la guerre en démontrant, sans le résumer en mots, tant de bruit pour si peu. Pari réussi pour Sam Mendes qui peut être fier d'avoir sorti l'un des meilleurs films de l'année. C'est un film à voir soldats!
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Photo Samuel Matteau

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