Affiche du film  Jane Eyre
© Alliance Vivafilm

Jane Eyre

Version en français
v.o.a. : Jane Eyre
23 mars 2011

Jane à l'imparfait

Photo Par Karl Filion

Il doit bien y avoir eu une douzaine d'adaptations de Jane Eyre, le classique anglais de Charlotte Brontë, autant au cinéma qu'à la télévision. L'histoire d'amour entre la petite Jane et son maître M. Rochester est bien connue des écrans, et s'il faut un sérieux travail de synthèse pour adapter l'oeuvre pour le cinéma, elle n'en est pas moins devenue un classique. Il faut donc une certaine audace (ou une certaine insouciance, c'est selon) pour décider un jour d'en faire une énième adaptation, surtout si c'est pour proposer... rien du tout.

Ce n'est même pas une question de compétence, car autant les acteurs (Mia Wasikowska dans le rôle de Jane, subtile jusqu'à en paraître éteinte par moments, et Michael Fassbender, convaincu) que le réalisateur Cary Fukunuga s'acquittent de leur tâche efficacement, donnant vie au XIXe siècle de la manière la plus plausible possible. Vraiment, rien à redire : la reconstitution d'époque est convaincante, la caméra dédiée à son sujet (ce qui veut aussi dire anonyme) et l'ambiance assez réussie en général. Mais l'ensemble manque d'inspiration, de nouveauté.

Refaire le film pour le présenter à un nouveau public? Les clubs vidéo existent toujours, il me semble. Le problème ne se poserait pas si le film s'inscrivait dans son époque; si l'on modernisait, par exemple, l'histoire de Jane (sans aller jusqu'à la gâcher à la sauce midinette à la manière de Beastly) ou qu'on usait des moyens spécifiques au cinéma (un montage audacieux, pourquoi pas) pour teinter le film de son époque ou le signer de la main de son auteur (Kubrick n'a pratiquement réalisé que des adaptations, et pourtant). Le livre est déjà un classique intemporel, il est assez peu probable que le film ne parvienne à le surpasser et ne le devienne aussi.

Car autant que soit compétent et maîtrisé ce Jane Eyre, autant il ne se différencie en rien, visuellement parlant, d'autres films du même acabit. Tant et si bien qu'on se laisse raconter, sans déplaisir mais sans passion, une histoire qu'on connaît déjà. La beauté et la contemplation ne semblent pas préoccuper le réalisateur, qui campe son histoire dans une ambiance quasi-gothique où les zones d'ombres prévalent. Malheureusement, les personnages n'en sont que très peu affectés, sinon par les moyens habituels (bruits mystérieux pendant la nuit, voix d'outre-tombe chuchotant...). On ne peut que féliciter le réalisateur cependant de ne pas devenir mélodramatique et quétaine avec cette histoire d'amour; voilà déjà une grande qualité.

Compétent, oui d'accord. Mais à quoi bon si on ne propose rien qui ne surpasse en intérêt ce que le livre proposait déjà? Suffit de (re)lire le livre, qui risque d'être plus satisfaisant dans à peu près tous les cas, parce que plus complet, plus fidèle à la vision de l'auteur, plus inscrit, sans doute, dans son époque. Mais pourquoi voir un film qui ressemble à tant d'autres films?

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Photo Karl Filion

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