Affiche du film Invictus
© Warner Bros. Canada

Invictus

Version en français
v.o.a. : Invictus
11 décembre 2009

Mener par l'exemple

Photo Par Karl Filion

Il y a de véritables moments de grâce parsemés dans Invictus, on pourrait difficilement le nier. Morgan Freeman est apparemment né pour incarner Mandela au grand écran, et on ne peut que lui souhaiter d'avoir un jour un film à sa mesure pour le démontrer. Mais Clint Eastwood, qui n'a jamais été un apôtre de la subtilité, installe assez maladroitement un contexte historique ultra-simplifiant en manipulant grossièrement les émotions du public. Et puis, le problème avec les récits historiques, c'est qu'on connaît déjà la fin.

En prévision de la coupe mondiale de rugby de 1995, le Président nouvellement élu de l'Afrique du Sud, Nelson Mandela, contacte le capitaine de l'équipe nationale afin de lui demander qu'elles sont les chances de gagner de son pays. Tout au long de la préparation de l'équipe, le Président a une grande influence sur le capitaine, et quand arrive la compétition, l'Afrique du Sud a une chance de rayonner sur la scène internationale tout en combattant les tensions raciales internes.

Les quelques séquences sportives, qui s'étirent inutilement, illustrent bêtement le manque de communication entre les deux ethnies d'Afrique du Sud. Les Noirs n'aiment pas les Blancs, et les Blancs n'aiment pas les Noirs. Cela serait un dialogue de sourd si Mandela n'était si lumineux. Sauf que, quand il n'est pas à l'écran... La finale, tout particulièrement, est longue, répétitive et n'appuie pas du tout le propos du film.

Invictus est bien plus éloquent lorsqu'il démontre, avec des faits, des exemples illustrés, ce qui fait le leadership; l'exemple, d'abord, mais aussi le calme et la réflexion. À chaque fois qu'on lui répète que le sport est un bien petit problème pour un chef d'État, Mandela s'entête, s'applique à diriger le peuple qui l'a élu. Or, son exemple (et ses années passées en prison) sert à le justifier alors qu'il n'en a pas besoin. Des hallucinations frisent même le ridicule...

Parce que la tension dramatique est pratiquement inexistante (qui va gagner le match?), Invictus se consacre entièrement à ses comédiens. Freeman, qui est un acteur talentueux que certains accuseront d'avoir erré légèrement dans les dernières années (avec des films comme Maintenant ou jamais), incarne donc un Nelson Mandela unificateur qui est élu dans la dissension nationale d'un racisme pernicieux. Freeman est grandement efficace, d'autant que les situations qui le dépeignent en action sont évocatrices et le plus souvent convaincantes. Damon est bon, sans plus; disons efficace dans sa simplicité.

Dommage que ce nouveau film de Clint Eastwood, s'il est bien fait mais pas entièrement honnête, prêche par un excès d'émotions. On a déjà vu bien pire, mais ces quelques séquences manipulatrices laissent une amère déception, d'autant qu'elles misent presque entièrement sur la fibre nationaliste. Certains l'ont, d'autres pas. Cette fois-ci, on parle peut-être d'un excès d'enthousiasme...

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Photo Karl Filion

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