Affiche du film  We Need to Talk About Kevin
© Les Films Séville

Il faut qu'on parle de Kevin

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : We Need to Talk About Kevin
8 février 2012

La crise d'adolescence

Photo Par Karl Filion

Présenté à Cannes l'an dernier et sorti aux États-Unis à temps pour être éligible aux grandes cérémonies de remises de prix de ce début d'année, We Need to Talk About Kevin arrive sur les écrans québécois avec une rumeur très favorable - et méritée - quant à la qualité du jeu de Tilda Swinton et l'aspect inédit de son sujet qui promettait d'être passionnant. Swinton incarne une mère rongée par la culpabilité après que son fils adolescent ait abattu plusieurs de ses compagnons de classe. À travers plusieurs flashbacks, on découvre ce qui a mené à cette tragédie à travers la vie de famille des Khatchadourian. Une histoire quasi-inédite, découlant peut-être d'un examen de conscience face aux tragédies scolaires que l'on connaît, surtout aux États-Unis.

Swinton, une actrice qu'on sait dédiée et talentueuse, trouve un rôle à sa mesure dans ce film construit pour lui permettre d'exprimer tout son talent. Dans le rôle d'une mère démunie face à son fils adolescent, elle est d'une grande émotivité et d'une belle retenue. Elle est sublime, mais « sublime », ce n'est pas le bon mot; elle est plutôt désespérée, entre son désarroi face à ce fils qu'elle ne comprend pas et face à sa propre maternité. Sans elle, We Need to Talk About Kevin n'aurait jamais reçu autant d'attention depuis sa première projection publique il y a près d'un an.

Car si le travail de la réalisatrice Lynne Ramsey est généralement inspiré, il faut admettre que le film comporte plusieurs failles, d'abord dans la simplification démesurée des personnages secondaires (aucun n'influence le récit de quelque manière que ce soit) et dans une certaine banalisation des faits; on est sans arrêt dans un état de constat, de justification, plutôt que d'être happé par l'émotion. Il faut cependant constater l'efficacité narrative rare du scénario, brillamment construit, entre une suite complexe - mais jamais lassante - de flashbacks et un exercice stylistique passant par un montage déstabilisant et ingénieux.

Une chose agace plus que les autres, cependant : le garçon en question, Kevin, même s'il est joué avec conviction par un trio de jeunes acteurs efficaces (Ezra Miller, Jasper Newell, Rock Duer), est tellement inconditionnellement maléfique, manipulateur et perfide qu'il ressemble davantage à un héros de film d'horreur générique qu'à la pièce maîtresse d'un fin drame psychologique comme celui-ci. Sa méchanceté est tellement ostentatoire (et violente) qu'on ne s'explique pas que sa mère n'ait rien fait pour le sauver de lui-même. Ses regards machiavéliques frisent même parfois le grotesque, lui qui tient parfois plus des garçons possédés par le démon dans un film d'exorcisme que d'un jeune de son époque et de son milieu.

Surtout que ce « nihilisme » final (« I used to think I knew. Now I'm not so sure. »; « There is no point, that's the point. »), qui est certes dans l'air du temps, est un peu mou et assez convenu. Et on va si profondément dans la psychologie de Kevin (logiquement ce devrait être une bonne chose) qu'on remarque au final des incohérences marquées (sa haine pour les autres membres de sa famille, par exemple, l'absence de contextualisation scolaire) dans son profil psychologique. Côté transcendance, on repassera. Mais on n'a d'autre choix que de constater quand même la grande efficacité dramatique de ce film audacieux, imparfait certes, mais stimulant et différent.

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Photo Karl Filion

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