Affiche du film  Hors-la-loi
© Cinéma du Parc

Hors-la-loi

Version originale internationale avec sous-titres français
v.o.inter.s.-t.a. : Outside the Law
23 mars 2011

Le cours d'histoire

Photo Par Karl Filion

Lorsqu'ils font un film de guerre, la plupart des cinéastes précisent « ne pas vouloir faire un documentaire », pensant ainsi s'affranchir de toutes les considérations historiques liées à leur projet. Il y a l'impératif narratif, bien sûr, mais c'est aussi logique : quel film peut prétendre raconter fidèlement les événements d'une guerre (dans ce cas-ci, la Guerre d'Algérie, pas la plus connue en Amérique mais très importante dans l'histoire de la France) en un peu plus de deux heures? Sans prendre parti? Mais que doit-on comprendre des mentions écrites qui précisent le destin des personnages (fictifs) de ce film « non-documentaire »? Des dates et des lieux rigoureusement précisés et d'une mise en contexte historique? Fiction ou pas fiction?

La trame narrative d'Hors-la-loi est justifiée par la lutte, par l'obligation de lutter pour la liberté, comme si la fin justifiait les moyens. Plutôt que d'explorer les zones d'ombres (qui est coupable? qui est responsable?), on détermine qui sont les méchants (qui exécutent de pauvres prisonniers effrayés, sans doute innocents) et les gentils (ceux qui se marient, ont des enfants, respectent leur mère et les traditions). Les gentils agissent pour la cause, les méchants par pure méchanceté... C'est déjà ennuyant à expliquer, alors imaginez à regarder.

Bouchareb dénonce de manière manichéenne les manoeuvres du gouvernement français, sans donner une part de responsabilité aux combattants algériens. Il qualifie les morts : un mort algérien, c'est plus grave qu'un mort français, parce que les Français sont les méchants. Les attentats commis par les révolutionnaires sont « moraux » parce qu'on les a chassés de la terre où leur pauvre mère voulait être enterrée (démago, vous dites?). Tous les figurants meurent d'ailleurs instantanément dès qu'atteints par une balle, tandis que le héros, lui, agonise assez longtemps pour passer son message et devenir un martyr. Ces manoeuvres ne passent pas inaperçues. Quand même les colonels français avouent avoir perdu la guerre, ça ressemble plus à un règlement de compte qu'à du cinéma fort et émouvant. Ça ressemble à un cours d'histoire didactique, qui miserait tout sur une propagande basée sur une idée préfabriquée de justice.

On n'a pas encore parlé des comédiens : Jamel Debbouze n'est pas crédible dans un rôle sérieux, Sami Bouajila fait ce qu'il peut avec un personnage incohérent et Roschdy Zem ne peut pas s'extirper non plus d'un scénario grandiloquent et appuyé, aussi borgne que son personnage (qui est quand même le meilleur tireur du groupe).

Le problème d'Hors-la-loi n'est pas son rapport à la réalité, à ce qui s'est réellement produit ou non dans cette Guerre d'Algérie, ou à qui revient la faute (les méchants Français ou les pauvres Algériens), mais dans sa représentation des rapports de force moraux, qui affecte l'efficacité dramatique du film. On ne juge pas, ici, des intentions, ou de la valeur morale des films. On juge de la valeur des films, par rapport aux émotions qu'ils créent. Hors-la-loi, à cause des raccourcis qu'il utilise, n'en crée pas.

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Photo Karl Filion

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