Affiche du film  Holy Motors
© Métropole Films Distribution

Holy Motors

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Holy Motors
3 octobre 2012

Holy f*ck.

Photo Par Karl Filion

Il est rare qu'on voit un film aussi totalement imprévisible que celui-ci. Un film prodigieux où il faut rire sans s'arrêter, vertigineux comme l'est l'ivresse de l'inconnu, où chaque tournant trouve une nouvelle direction. Un film si éminemment grandiose qu'il est condamné à être mécompris. Variation sur la pourriture (qui est une valeur de la beauté), acteurs à gages, dictionnaire du cinéma, film de genre(s); des thématiques qui se répondent, s'amalgament, s'affrontent, qui créent des sens, de tous les types, des organes de la perception aux significations qui découlent des éléments du cinéma mis ensemble. Voilà un film qui réconcilie avec l'art du Septième art, à ce concept un peu étiolé où la salle de cinéma est à la fois le lieu de création, de diffusion et de réception de l'acte artistique.

Holy motors, de Leos Carax, et avec Denis Lavant. Holy motors, ça fait penser à « holy f*ck ». Ça tombe bien parce que « holy f*ck », ça fait penser à « mind f*ck », qui est exactement ce qu'est ce film. Carax provoque, il met au défi, mais sans jamais perdre l'idée de sens. Cela se produit habituellement quand un film sait exactement ce qu'il fait, mais qu'il ne veut pas le dire. Il n'y a pas d'explication rationnelle. C'est-à-dire qu'il n'y en a pas à l'intérieur du film, ni même à l'extérieur, ni après, ni avant, il n'y en a pas. Ce n'est pas conçu pour cela.

Mais qu'un film - qui sera si unanimement décrit comme « absurde, insensé, incompréhensible » - puisse en dire autant, sur autant de sujets (voir ces pierres tombales qui invitent à visiter des sites web) dans autant de séquences qui invoquent autant de clichés si habilement démontés tient du miracle et surpasse la notion d'explication rationnelle. Un film qui évoque avec autant d'empathie le travail de l'acteur, qui du même coup évoque nos vies, dans un quotidien tellement formalisé que chacun est acteur à chaque instant, peut se passer de rationalité.

À travers tout cela, la beauté des scènes, causée peut-être bien par leur incongruité justement, et la subtilité du jeu de Denis Lavant ressortent. Qu'il se transforme en M. Merde, un gnome hideux, en père ou en un vieillard mourant (quelle superbe scène), il est à chaque fois désarçonnant. Normal, direz-vous, voilà un film qui parle de ce qu'il fait, et qui parle un peu de nous, spectateurs, qui exigeons tant des acteurs, qui nous approprions leur talent sans réfléchir aux conséquences. Qui est l'employeur de cet acteur à gages, Monsieur Oscar? C'est nous, évidemment, qui sommes endormis devant un vieux film. Et Monsieur Oscar, vous croyez que c'est un hasard?

J'ai été soufflé par ce film. Mais ça n'a pas d'importance parce que je ne suis pas vous, et que vous n'êtes pas moi. Ce film n'a aucune valeur si vous ne le voyez pas. C'est un film où il n'y a rien à comprendre, et surtout rien à expliquer.

FIN

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Photo Karl Filion

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