Affiche du film Histoire de famille
© Christal Films

Histoire de famille

Version originale en français
27 janvier 2006

Portrait(s)

Photo Par Karl Filion
Une histoire complexe qui a une très belle sensibilité. Le traitement demeure très télévisuel mais les acteurs transportent le film plus loin que la reconstitution historique, qui est ici surtout une toile de fond. Quand même, quelques maladresses font décrocher, mais l'ensemble est rigoureux et très efficace.

Michel Poulette réalise avec Histoire de famille une grande fresque (et le mot vient de lui) qui fait le portrait complexe d'une famille à travers les événements de la Révolution Tranquille. L'histoire est sur-dramatisée, évidemment, mais n'est de ce fait jamais froide. En fait, grâce aux acteurs, les malchances de la famille Gagné deviennent vite passionnantes, et malgré quelques faux pas, le film devient rapidement une très belle Histoire de famille qu'il fait bon « vivre ». Le résultat est assez passionnant pour qu'on veuille participer.

À Montréal, en 2005, Julie Gagné trouve un roman qui parle de personnages qui lui sont particulièrement familiers. Elle va retrouver l'auteur du livre et parcourir le roman avec lui. C'est l'histoire de la famille Gagné à travers Monique qui, à 11 ans, est atteinte de leucémie. Ses parents doivent vendre leur ferme dans les Cantons de l'Est afin de payer pour ses soins médicaux. Isabelle, féministe, devient journaliste et le jeune Michel, un peu rebelle, embarque dans la frénésie nationaliste. Pierre, de son côté, demeure près de la terre en reprenant la ferme familiale. Un joyeux mélange, qui fait l'inventaire presque exhaustif d'une société en profond changement, pas si tranquille que ça après tout.

Il y a l'exagération télévisuelle dans Histoire de famille, en plus de l'omniprésence des dialogues et le développement en escalier d'une série-télé traditionnelle. Le film, d'ailleurs conçu comme une série-télé, a ses moments forts et ses moments plus faibles, qui sont assez dispersés pour permettre un abandon à la valeur dramatique des événements, qui s'enchaînent sans temps mort. Les personnages sont, d'ailleurs, le point central du récit. La Révolution est un élément déclencheur, presque un prétexte pour parler d'une famille qui, comme par magie, contient de tout, pour tous. On peut dire merci au gars des vues.

Le mérite de Michel Poulette va, bien sûr, dans l'immense travail de reconstitution et de concision de l'aventure, mais aussi dans quelques jolies petites trouvailles dispersées qui ajoutent à l'effet d'identification à une famille qui en couvre assez large pour rejoindre tout le monde. Aucun doute que l'ensemble du Québec trouvera quelqu'un dans cette histoire pour partager ses opinions. Et grâce aux acteurs, encore une fois, cela semble presque possible. Reste que Poulette rend accessibles et humains des personnages animés sur un écran et ça, c'est vraiment un tour-de-force. L'identification est instantanée tellement le tout est crédible. Bon, il y a quelques répliques un peu surréelles, voire amères, mais un fois le coup passé, les péripéties redeviennent habiles et finement développées.

Les acteurs campent des personnages intenses, à la fois tourmentés et pleins de bonne volonté. Evelyne Rompré, très intense, et Juliette Gosselin, très candide, rendent une Monique souvent complexe et insaisissable. Catherine Allard est très crédible grâce à une performance bien dosée. Le plus étonnant demeure Louis-Phillipe Dandenault, en Pierre, qui sait se tenir loin du mélodrame et qui sait rendre un personnage crédible, malgré les risques. Toute la distribution évite d'ailleurs la plupart du temps le mélodrame, les scènes effectivement dramatiques sont présentées avec retenue et bon goût. Luc Proulx s'avère très passionné, et Danielle Proulx – oui oui, celle de C.R.A.Z.Y. - sait s'adapter rapidement aux diverses situations. Leurs deux personnages sont ceux qui sont les plus affectés par cette Révolution, et le résultat est plus que convaincant. Toutes les performances sont teintées de la même honnêteté que le film, et malgré les clichés, on ne peut s'empêcher d'apprécier la diversité et la profondeur des personnages. Quelques-uns demeurent cependant plutôt froid, Julie Gagné particulièrement, qu'on ne souhaite, contrairement aux autres, ni revoir, ni connaître mieux.

Au final, le travail colossal de Michel Poulette pour rendre une histoire si complexe en un respectable 2h45 et la performance passionnée de la majorité de la distribution font d'Histoire de famille une expérience vivante. Le portrait est extrêmement bien senti par une équipe de comédiens et de réalisation apparemment dévouée à la cause d'un film. Dans l'ensemble un bon film, mais sans doute une meilleure télé-série. Portrait de famille ou portrait de société? Les deux. On voudrait voir la suite.
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Photo Karl Filion

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