Affiche du film  Heli
© K-Films Amérique

Heli

Version originale en espagnol avec sous-titres en français
7 novembre 2013

Infierno

Photo Par Karl Filion

L'émergence de réalisateurs mexicains sur la scène internationale nous permet d'avoir accès à des films provenant de ce pays sur une base plus régulière, pour notre grand bonheur d'ailleurs. Heli, d'Amat Escalante, est une oeuvre exigeante, violente, au réalisme prenant et à la cruauté à la limite du supportable. Pour être honnête, car on n'en sait rien en réalité, on a l'impression d'être témoin d'une infime partie du quotidien et de la violence liés aux cartels au Mexique. Le cinéma donne toujours une bien mauvaise impression de la réalité, et Heli n'est certes pas un documentaire, mais on a aussi l'impression que les hôtels de villégiature et autres resorts en donnent un tout aussi faux. Alors s'il faut choisir...

La proposition cinématographique d'Heli est celle d'un cinéma social, moralement ambigu, évoquant plusieurs zones d'ombres morales. Dramatiquement, c'est d'une grande richesse, et le travail subtil du réalisateur surpasse les quelques maladresses et/ou longueurs qui apparaissent en fin de course.

Le réalisateur intègre cette violence à son récit, il s'en sert comme d'un moteur dramatique. On sait, on comprend très vite que lorsque le jeune Beto, le petit ami d'Estela, vole à on ne sait trop qui des sacs de cocaïne, et qu'Heli, le frère aîné d'Estela, s'en débarrasse, la vengeance des cartels sera terrible. Escalante se sert de la violence (il la montre dès les premières minutes) pour créer un climat de tension, qui découle de l'attente de cette « vengeance ». C'est un levier dramatique puissant, qui agrippe aux tripes, et par la suite, lorsque la police s'en mêle, on sait aussi qu'il ne faut pas nécessairement leur faire confiance...

Le récit est donc bâti sur cette violence, qui n'est tout de même pas dans la même surenchère de gore que d'autres films simplement dégoûtants pour faire un esclandre (on est même loin de Brillante Mendoza). Le travail de mise en scène, par plans fixes intenses et rigoureux, contribue aussi beaucoup à désesthétiser la violence, qui est placée en opposition à la vie très conventionnelle que vivent Heli et sa famille.

Certes, Heli frôle la complaisance et la provocation facile. La violence fait toujours cet effet; elle est si présente dans les images que l'on voit quotidiennement (à la télé ou au cinéma), mais si formatée (hors champ, hors cadre, jamais dirigée envers les enfants) qu'elle perd souvent sa signification. À quoi bon? Pourquoi montrer la violence? Alors que la question devrait plutôt être : pourquoi la violence? Si le risque d'être soumis à toute cette violence est de devenir insensible, Heli s'assure que ce soit impossible. C'est une qualité rare.

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Photo Karl Filion

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