Affiche du film  Guibord s'en va en guerre
© Les Films Séville

Guibord s'en va-t-en guerre

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : My Internship In Canada
1 octobre 2015

Dilemme cornélien

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Guibord s'en va-t-en guerre n'est pas une comédie comme les autres. Évidemment, comme elle était réalisée par Philippe Falardeau on ne s'attendait pas non plus à une comédie conventionnelle. Comme prévu, Guibord s'en va-t-en guerre est un divertissement intelligent, drôle et édifiant. Falardeau a construit une histoire tellement plausible que la réalité a fini par dépasser la fiction lorsqu'une situation semblable à celle dépeinte dans le film est survenue il y a un an dans la réalité. (quand Harper a fait un vote au Parlement pour envoyer le Canada en guerre contre l'État islamique).

Comme il est essentiel que le public connaisse certaines notions de politique fédérale afin de comprendre l'évolution de l'histoire, Falardeau a trouvé quelques subterfuges narratifs pour instruire sans embêter le spectateur. Les nombreuses interactions de Souverin, le stagiaire de Guibord, avec sa famille en Haïti via Skype font partie des stratagèmes astucieux du scénariste et réalisateur. En fait, tout le volet plus didactique passe par Souverin qui a appris les rouages de la politique canadienne dans les livres.

Le film démontre aussi plus concrètement les nombreuses tâches que doit accomplir le député fédéral d'un grand comté comme celui de Prescott-Makadew-à-Rapides-aux-Outardes; les interactions de ces derniers avec les différents intervenants (les journalistes, les travailleurs, le maire, le peuple autochtone, etc.), les responsabilités qu'il a face au gouvernement et aux citoyens, etc. Falardeau est parvenu à apporter de l'humour et de la légèreté dans ces obligations ministérielles monotones.

Les personnages qui peuplent l'univers de Guibord sont colorés et attachants, à commencer par Souverin. Irdens Exantus, que le public découvre grâce à ce film, apporte beaucoup de fraîcheur à un sujet et un dilemme laborieux. Son insouciance et sa manière de voir les choses de par son regard extérieur permettent aux spectateurs de mettre les choses en perspective. Suzanne Clément et Clémence Dufresne-Deslières représentent à la fois la raison et la conscience de Guibord. L'une l'encourage à choisir son propre bien-être alors que l'autre stimule son sens moral. Mentionnons également les performances discrètes, mais marquantes de Robin Aubert, Micheline Lanctôt et Paul Doucet qui sont tordants dans leur rôle respectif. Et n'oublions pas non plus Patrick Huard, qui incarne un homme politique droit, intègre et humain, qui s'efforce de faire les bons choix malgré les influences d'autrui.

Le montage, tant visuel et sonore, est l'une des principales forces du film. C'est dans le montage que la comédie de Falardeau trouve tout son sens. Les répliques ne sont pas hilarantes et les situations non plus, mais la manière dont elles sont amenées par les acteurs et le réalisateur en fait un ensemble désopilant.

Guibord s'en va-t-en guerre est une satire politique réussie qui donne l'envie aux plus ignares de politique de s'en intéresser. Falardeau nous propose une comédie de laquelle on ressort avec un bagage bien différent de celui que nous lègue ce type de films d'ordinaire. Le réalisateur québécois a osé nous montrer l'envers du décor et ses failles avec diplomatie et intelligence. Souhaitons maintenant qu'il encourage d'autres cinéastes à faire de même.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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