Affiche du film  Guerrier
© Alliance Vivafilm

Guerrier

Version en français
v.o.a. : Warrior
7 septembre 2011

Père manquant, fils manqués

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Les films de boxe, de lutte ou de combats extrêmes sont presque devenus des incontournables avec les années, des oeuvres immensément récompensées et souvent synonymes de qualité. On n'a qu'à penser à The Wrestler et The Fighter qui, en 2008 et 2010, ont fait leur marque aux Oscars et ont tous deux obtenu des résultats respectables au guichet. Cette année, c'est Warrior qui attirera l'attention des foules et confirmera cette règle non écrite qui place le sport extrême en tête des sujets de prédilection du cinéma américain. Gavin O'Connor a réussi à conserver ce niveau de compétence que l'on retrouve habituellement dans ce genre cinématographique et relève même la barre (déjà très haute) pour les autres artistes qui voudraient s'y frotter grâce à des scènes de combat impeccables qui ensorcelleront les adeptes et les novices.

Dans un film de 140 minutes, il est presque impossible de ne pas être confronté à certaines longueurs à un moment ou à un autre. Les moments les plus lambins, les plus mous, se trouvent dans la première heure; lorsque l'on décrit l'existence respective des deux frères qui ne se sont pas parlé ni vus depuis de nombreuses années. De dire que ces instants sont inutiles, futiles, serait, par contre, se mettre la tête dans le sable. Même une oeuvre dynamique comme celle-ci a besoin d'une trame narrative, elle se doit de développer la psychologie de ses personnages pour que le spectateur comprenne la portée de leurs gestes futurs. Peut-être qu'en altérant certains passages s'approchant dangereusement du mélodrame (notamment une rencontre des deux frères sur la plage plutôt injustifiable) et en abandonnant cette caméra tremblotante qui distrait plus qu'elle épate, on aurait conquis le public plus rapidement et lui aurait permis de s'attacher plus aisément à ses deux protagonistes complexes et abscons.

La force principale de la production reste sans aucun doute ses magnifiques scènes dans l'arène, tournées avec beaucoup de réalisme et de précision. On parvient à ressentir la tension des combattants, leur frénésie, nous ne sommes pas ici que de simples spectateurs, nous devenons partie prenante de l'action et une fébrilité irrépressible finit par nous gagner. Lorsqu'un réalisateur arrive à cet exploit; celui de faire ressentir une émotion, de faire vibrer son public au rythme de son histoire, plus de la moitié du travail est accompli, et le résultat sera presque assurément un succès. La qualité du jeu des acteurs a également une importance substantielle dans la qualité de l'oeuvre finale. Tom Hardy, qui incarne un homme tourmenté par la guerre et un dur passé, est éblouissant. L'intériorité et la force tranquille qu'il a insufflées à son personnage sont par moment déstabilisants et rendent ce dernier imprévisible. Joel Edgerton, tout aussi intense et profond que son collègue, réussit à être suffisamment attachant pour obtenir les bonnes faveurs du public dès les premiers instants.

En ce mois de septembre où les propositions sont généralement à l'image de la température; triste et décevants, Warrior impressionne et conforte. Même si certaines décisions artistiques nous laissent sur notre faim, tout comme la conclusion inoffensive, le film de Gavin O'Connor surprendra probablement bien des septiques qui croient encore que les longs métrages sur les combats extrêmes ne sont pas des aimants à trophée.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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