Affiche du film Grindhouse en programme double
© Alliance Atlantis Vivafilm

Grindhouse en programme double

Version en français
v.o.a. : Grindhouse
4 avril 2007

Fantasmes réalisés

Photo Par Karl Filion
Une immense bobine de 191 minutes, voilà ce qu'on peut dire de plus précis sans se tromper au sujet de Grindhouse, du duo Quentin Tarantino et Robert Rodriguez. Sinon c'est... des bandes-annonces, du sang, deux longs-métrages, des publicités, du sang, des mutants, des courses folles en voiture, du sang, des répliques mémorables, des armes, du sang, des jolies filles, de l'ironie... tout ça au Texas. C'est toute une aventure, qui n'a pas de point de comparaison sinon les films de série B qu'elle pastiche, avec cette attitude postmoderne qui a fait, jusqu'à maintenant, le succès de Quentin Tarantino, qui signe le segment « À l'épreuve de la mort ». Son comparse Robert Rodriguez n'a cependant pas à rougir, son « Planète terreur » est absolument savoureux et même plus inspiré que la seconde partie.

Impossible à décrire, Grindhouse est d'abord le projet complètement éclaté de deux des cinéastes les plus importants de leur génération, apôtres de la violence extrême, du pastiche et des hommages. Des cinéastes qui ont tout vu du cinéma, le bon comme le mauvais, et qui y ont goûté jusqu'à ne plus pouvoir les différencier. Ils proposent donc d'expérimenter le grindhouse, un cinéma des années 30 et 40 où on projetait des films à petit budget et de très faible qualité. Deux films, donc, avec bandes-annonces et publicités, avec bobines manquantes et avec défauts de projection. Le cinéma projette le cinéma. Il l'avait déjà mis en abîme, mais on va encore plus loin.

De la part de Rodriguez (Sin City, Spy Kids, Once Upon a Time in Mexico), le segment Planète terreur met en vedette un héros impossible dans une histoire tout aussi abracadabrante. Sans se prendre au sérieux mais avec un sens aiguisé de la comédie, le film surprend à chaque détour, prêche par l'exagération et mélange testostérone, fusils, danseuses et mutants. Exceptionnel. Cabotin, Rodriguez recycle les clichés du genre et les sert avec dérision pour un plaisir décuplé et, oui, coupable.

De la part de Tarantino (Reservoir Dogs, Pulp Fiction, Kill Bill), le film À l'épreuve de la mort laisse une toute autre impression. Moins d'envergure, moins d'exagération, le film aurait gagné à être présenté en premier. Tarantino ne renie pas ses bonnes habitudes : ses dialogues sont vifs, sa caméra inventive et son histoire modeste. Le résultat est efficace et bien présenté, mais il manque de substance. Moins impressionnant, mais convaincant quand même.

Les bandes-annonces, particulièrement celle de Machete, sont aussi éclatées qu'elles le pourraient. Une belle opportunité de voir que le cinéma sert effectivement toujours les mêmes clichés.

Deux réalisateurs qui, un peu comme le fait aussi David Fincher, réinventent le cinéma en posant leur regard de cinéphiles, d'assoiffés, sur ce qui a fait leur éducation cinématographique. Ils n'y ont pas trouvé de morale, mais certainement de l'humour. Voir des films par milliers est bien mieux que les universités quand vient le temps de se tourner vers l'avenir plutôt que de rester prisonnier du passé. C'est un peu ça, l'esprit postmoderne, dont Robert Rodriguez et Quentin Tarantino sont maintenant deux fiers porte-paroles.
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Photo Karl Filion

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