Affiche du film  Grimsby
© Sony Pictures

Grimsby - Agent trop spécial

Version en français
v.o.a. : The Brothers Grimsby
11 mars 2016

La phase A

Photo Par Martin Gignac

Sacha Baron Cohen est un des comiques les plus irrévérencieux du septième art. Lorsqu'il s'applique à la satire féroce et méchante, cela donne des missives irrésistibles comme Borat, Brüno et The Dictator. Qui a besoin de blagues songées et intellectuelles quand le rire est contagieux? Évidemment, il faut un contexte et un talent fou pour y arriver. Sinon le temps peut sembler long et c'est ce qui arrive avec The Brothers Grimsby.

Le fameux Ali G se métamorphose cette fois en pauvre bougre sans manières d'une ville mal famée de l'Angleterre. Un point de départ idéal pour toute satire qui se respecte. Sauf que cette production n'en est pas une. Tout ce qu'elle fait est de représenter trop gentiment sa population en hooligans stupides et intoxiqués qui montrent South Park et Breaking Bad à leurs jeunes enfants. Il n'y a pas de quoi fouetter un chat et encore moins être choqué.

On a plutôt droit à une simple parodie du film d'espionnage qui se moque de James Bond et Mission: Impossible. Pas un délire savoureux à la Spy ou OSS 117, mais un effort encroûté comme pouvaient l'être Johnny English et autres Spy Hard. Le frère de notre héros (Mark Strong dans un rare rôle humoristique) est un agent secret. Sur qui peut-il compter pour l'aider à mettre la main sur un dangereux criminel qui menace la sécurité de la planète avec un virus? Sur son frangin complètement débile qui s'avère un danger pour le commun des mortels.

Sacha Baron Cohen ayant toujours joué en solitaire, il est agréable de constater qu'il peut également être un gars d'équipe. Son duo avec l'omniprésent Mark Strong fonctionne d'ailleurs à merveille, offrant et de loin les meilleurs moments du long métrage. On ne peut en dire autant de Rebel Wilson, Penélope Cruz et d'Isla Fisher qui sont carrément sous-exploitées.

S'il ne s'est pas entouré de Larry Charles à la réalisation, l'acteur britannique l'a remplacé par quelqu'un de plus explosif. Louis Leterrier connaît la machine et après un nombre incalculable d'échecs retentissants, la lumière au bout du tunnel est apparue par l'entremise de l'efficace Now You See Me. De quoi continuer sur cette lancée avec une mise en scène dynamique, presque chaotique, et calibrée au pouce près, si ce ne sont ces mièvres retours dans le temps qui sabotent le rythme.

Son travail ne sert pourtant à rien si les trois scénaristes - dont Cohen - ont accouché d'un récit qui veut désespérément faire sourire. Il y arrive en quelques occasions (notamment lorsqu'il est question de Daniel Radcliffe ou de Donald Trump) où le délire est profond. Mais la plupart du temps, les tentatives de gags échouent lamentablement. Les élans de vulgarité rappellent le roi des navets Dirty Grandpa et c'est à se demander à quel moment SBC sortira de sa phase anale. Entre les pétards dans le postérieur et les décharges d'éléphants en rut, cette zone sensible devient rapidement hors d'usage. Personne en aucun cas n'avait besoin d'un second Adam Sander.

Avec son goût prononcé pour la subversion et la transgression, Sacha Baron Cohen est un expert de l'humour noir qui fait rire jaune. Il n'est cependant pas infaillible et dans The Brothers Grimsby, l'artiste frappe un mur. Celui du n'importe quoi et de la connerie, de la vacuité et de la fausse insolence. À force de camper des idiots irrécupérables, il finit par effacer leur humanité. Du coup, il ne reste plus rien. Lorsque Kingsman et The Man from U.N.C.L.E. sont plus désopilants que cette création dont l'ADN n'a été fabriqué que pour dérider, l'art du rire franc et authentique est en péril.

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Photo Martin Gignac

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