Affiche du film  Gemma Bovery
© Métropole Films Distribution

Gemma Bovery

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Gemma Bovery
5 novembre 2014

Quand la vie imite l'art

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Gemma Bovery est une bouffée d'air frais, une variation ludique et amusante du classique de Flaubert. Cette mise en abyme élégante nous entraîne dans son sillage avec humour et intelligence. Un film trop léger peut rapidement devenir insipide et barbant, mais la féérie qui règne dans Gemma Bovery lui permet ne pas tomber dans l'anonymat. 

C'est principalement grâce à ses interprètes que le film échappe au prosaïsme. La magnifique Gemma Arterton, qui a entre autres interprété une Bond Girl dans Quantum of Solace et la princesse Tamina dans Prince of Persia: The Sands of Time, est à la hauteur de la prestance de Fabrice Luchini. La relation qu'entretiennent les deux personnages principaux n'en est pas une sensuelle ou sentimentale, mais pas complètement désintéressée non plus. Des acteurs sans expérience auraient pu se perdre dans ces rapports incertains, mais Arterton et Luchini nous permettent de croire en cette alliance nébuleuse, née dans l'art et la curiosité humaine. À noter aussi la performance à la fois naïve et attachante du Québécois Niels Schneider (Les amours imaginaires), qui incarne le jeune amant de la belle Anglaise.

La mise en scène d'Anne Fontaine est aussi pour beaucoup dans la réussite de la production. Il y a une poésie évidente qui émane de ses images. Bien que la vie des protagonistes peut sembler banale (un couple d'Anglais qui déménage dans la campagne française pour s'éloigner du cancan de la ville), la réalisatrice parvient à ajouter à chacun de ses plans une touche de charme et de féérie qui permet aux spectateurs de considérer leur histoire comme une parabole ou un conte duquel on doit retirer quelque chose de plus grand (même si, dans les faits, la seule chose évidente que l'on retient de Gemma Bovery c'est le plaisir qu'elle nous procure).

La cinéaste a choisi d'utiliser un narrateur intradiégétique pour animer son récit. Quand, dès les premières minutes, Fabrice Luchini s'adresse directement à la caméra, le public comprend alors qu'il n'est pas en présence d'une narration conventionnelle, ou du moins, pas complètement. Le personnage est conscient de son caractère fictionnel et de sa position de raconteur. Après l'introduction passée, il s'adressera davantage à son chien ou parlera à voix haute sans interlocuteur physique, mais restera toujours le « gardien » de l'histoire.

La comédie dramatique n'est, par contre, malheureusement pas sans failles. Un tantinet trop long, le film n'évite pas les clichés franco-britanniques et s'avère souvent plus superficiel que profond. La conclusion se révèle aussi trop légère et démesurément issue du champ gauche. Comme le long métrage est baigné du début à la fin par une forme de magie inexplicable, le choix de cette clôture plus terre à terre et polissonne laisse à désirer.

Mais, même considérant ses faiblesses, Gemma Bovery reste une bouffée d'air frais bienvenue dans notre paysage cinématographique automnal.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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