Affiche du film  Gatsby le magnifique
© Warner Bros. Canada

Gatsby le magnifique

Version en français
v.o.a. : The Great Gatsby
v.o.a.s.-t.f. : Gatsby le magnifique
9 mai 2013

L'amour sans coeur

Photo Par Karl Filion

Une autre déception pour Baz Luhrmann. Après les excitants et uniques Romeo + Juliet et Moulin Rouge!, le réalisateur avait déçu avec Australia, une fresque trop ambitieuse et trop anonyme (il y a déjà 5 ans). Même phénomène avec The Great Gatsby, cette adaptation du roman de F. Scott Fitzgerald, qui tombe dans un excès mal ajusté de la part du spécialiste de l'excès stylistique; une confusion narrative mène à un récit interminable et vide, et qui est visuellement peu inspiré. Et les anachronismes, si enthousiasmants chez Luhrmann par le passé (haha! le jeu de mot n'est pas voulu), sont ici banaux, comme s'ils n'étaient pas assumés. On est donc en face d'une des plus grandes déceptions de l'année.

S'il ne fait plus aucun doute que Leonardo DiCaprio est l'un des - sinon le - plus grands acteurs de sa génération, il ne peut pas ici sauver le film. Son interprétation sentie est trop polie par la surenchère visuelle (qui passe aussi par un montage confus) et par une obstination à étirer le temps, à repousser l'échéance d'évidences narratives bien trop simples qui n'auront échappé à personne. Résultat : pratiquement aucun revirement digne de ce nom, pas plus de surprise, et donc bien peu de passion envers cette histoire d'amour pourtant inhabituelle sise dans une époque qu'on représente rarement au cinéma.

Les autres acteurs, de Tobey Maguire à Joel Edgerton en passant par Carey Mulligan (qui n'a pas la carrure pour représenter un tel objet du désir), sont généralement assez fades - ce qui ne veut pas dire mauvais; en fait, c'est qu'ils sont eux aussi édulcorés par les effets spéciaux complètements ratés, des transitions lourdes aux écrans verts apparents et aux poursuites en voiture.

Le problème de cette ambitieuse adaptation (2h23, quand même), est qu'on semble perdre sous l'apparat la véritable valeur des choses. Cela fait certainement partie du propos, comprenons-nous bien, et cela s'avère éloquent lorsqu'il est questions des choses, des objets, des manoirs, de la richesse ostentatoire et indécente représentée ici. Sauf qu'ici, cela afflige aussi les personnages, de bien fades représentations, surtout dans une 3D aussi inutile que d'habitude.

En fait, il y a une scène sublime dans le film, une scène qui se démarque de toutes les autres, un délicieux moment de tendresse, d'humanité, d'étrangeté et de véracité lors d'une rencontre pour le thé, un après-midi d'été, alors que Gatsby retrouve Daisy après cinq ans dans la petite maison de Nick Carraway. Une scène où les personnages démontrent toute leur complexité (et les acteurs leur talent), qui ne se répète malheureusement pas. La suite, attendue, ne nous émeut jamais autant, surtout lors de la finale qui s'étire et s'étire.

Dans un film qui promettait d'être si grandiose, il s'agit d'une énorme déception, car les thèmes évoqués par cette histoire, les comédiens choisis et l'époque (qui bénéficie grandement d'un tempo plus actuel) semblaient convenir parfaitement à Baz Luhrmann. Il est possible qu'une trop grande ambition ait fait dévier le projet de son filon. Ce ne serait pas étonnant, vu cette histoire...

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Photo Karl Filion

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