Affiche du film  French kiss
© TVA Films

French Kiss

Version originale en français
11 mars 2011

Amour fourbe

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Lorsqu'une cinématographie tente de se diversifier, de s'engager dans des genres auxquels elle n'est pas familière, il y a irrémédiablement des échecs catégoriques (Le poil de la bête), des réussites étonnantes (Le journal d'Aurélie Laflamme) ainsi que des oeuvres ambivalentes, partagées entre réussite et échec. French Kiss fait partie de cette dernière catégorique. Déchirée entre le style français et la méthodologie américaine, la comédie romantique de Sylvain Archambault démontre un intérêt évident pour se distinguer mais affiche malheureusement une incohérence scénaristique et une abondance de stéréotypes qu'il est difficile d'ignorer.

Frédérik est un célibataire endurci, il enchaîne les relations sans intérêt et les histoires d'un soir. Un jour de pluie, il rencontre Juliette, une bibliothécaire lunatique qui collectionne les roches et les objets en lien avec le personnage de Pinocchio. Fred se présente à Juliette avec la célèbre phrase : « On ne s'est pas déjà vus quelque part? ». À son plus grand étonnement, elle répond par l'affirmative et le méprend avec un de ses anciens compagnons de classe du nom de Robert. Pour ne pas brouiller ses chances avec la belle, Fred prétend être ce fameux Robert et ainsi débute une chaîne interminable de mensonges que les deux amoureux ne peuvent plus contrôler.

Comme je le répète inlassablement, l'élément primordial de la réussite d'une comédie romantique est l'efficacité de la chimie qui règne entre les deux personnages principaux. Dans le cas présent, même si Claude Legault et Céline Bonnier sont tous deux des acteurs de grand talent, on ne ressent guère cette complicité et cette attirance qui devraient dominer les protagonistes, nous faire croire à leur idylle et à la passion qui est censée les dominer. Les affinités entre Legault et Didier Lucien sont beaucoup plus évidentes et transparentes que celles qui unissent les nouveaux amants. L'amitié, c'est important, mais ici c'est l'amour devrait primer.

Mis à part l'incompatibilité des héros, le problème majeur de la production québécoise est l'inégalité du scénario et la faiblesse de son humour (comparer les mots inouï et inuit, ce n'est pas particulièrement amusant ni recherché). Ce n'est pas que le cliché de la célibataire endurcie ou celui de l'homme macho qui ne veut pas s'investir dans une relation sérieuse qui dérange (parce qu'à la limite ces individus existent dans la réalité) mais c'est plutôt l'énormité du mensonge qui définit l'intrigue principale qui manque considérablement de réalisme (pourquoi s'acharner à préserver cette fabulation aussi longtemps? Pourquoi feindre avec autant d'entêtement que l'on est quelqu'un d'autre? L'amour? Il devient un prétexte plutôt faible vu la dimension de la menterie).

De nombreux éléments ludiques (une narration extra-diégétique, des commentaires écrits et des plans métaphoriques) viennent enrichir périodiquement la production, lui administrant une personnalité et un caractère « original » - ce n'est pas une trouvaille incroyable que d'ajouter certaines composantes du genre à la trame narrative; ((500) Days of Summer l'a, entre autres, déjà fait avec plus de constance et d'ingénuité) mais ces aspects hétéroclites amènent l'histoire ailleurs, parfois loin des lieux communs de la comédie romantique classique.

Esthétiquement français, mécaniquement américain, French Kiss, qui devait ultimement se différencier par ses textes et sa philosophie québécoises, s'avère une oeuvre incomplète et inégale, malgré la qualité de la réalisation et celle de ses interprètes. On peut par contre se consoler en se disant qu'au moins notre cinématographie ne fait pas que se complaire dans un style qu'elle maitrise; elle essaie, s'efforce d'intéresser un public varié et ose un cinéma plus « populaire » qui peut être aussi honorable que ces oeuvres d'auteurs qui ont fait notre réputation à l'internationale.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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