Affiche du film  French Immersion
© TVA Films

French Immersion - C'est la faute à Trudeau

Version originale en français et en anglais avec sous-titres en français
v.o.a.f.s.-t.a : French Immersion
5 octobre 2011

Perdu dans la traduction

Photo Par Karl Filion

Bon Cop, Bad Cop, produit par Kevin Tierney, avait apparemment mis le doigt sur un sujet de comédie en or : le clash entre le Québécois et l'Anglo, fier représentant du ROC (Rest of Canada). Les différences sont tellement notoires et les querelles tellement vieilles qu'on avait là tout le matériel pour une comédie qui misait sur un humour diversifié et qui bénéficiait du talent technique de ses artisans, avec le succès (critique et populaire) que l'on connaît. French Immersion, qui mise sur le même concept mais à la puissance 24, aurait donc dû fonctionner encore mieux. Voyons voir ce qui a bien pu faire foirer tout ça... (parce que oui, ça a foiré).

Tierney passe derrière la caméra pour la première fois avec ce long métrage qu'il a aussi co-scénarisé avec Jefferson Lewis. Un film qui veut raconter les mésaventures loufoques d'Anglophones qui viennent à Saint-Isidore-du-Coeur-de-Jésus pour apprendre le français, en immersion complète. Comme trop, c'est finalement rarement assez, on y ajoute un Indien qui a confondu Indiens et Amérindiens qui s'est commandé une femme (oui, cherchez le lien) et une école avec de graves difficultés financières, pour créer une mixture aussi confuse qu'inintéressante.

Le scénario est directement en cause dans cet échec cuisant. L'humour y est particulièrement bête, vieillot, et les nombreux (et inutiles) revirements dramatiques semblent tous plus improvisés les uns que les autres. Une course de karting, entre autres, s'avère complètement aléatoire, tandis qu'un match de hockey de rue sans enjeu ni signification laisse entrevoir l'inutilité profonde de plusieurs des scènes de ce film. Le trop grand nombre de personnages (qui sont systématiquement sous-développés) nuit aussi beaucoup; chacun n'a que quelques minutes à l'écran, à travers toute cette cacophonie, mais aucun ne parvient à influencer le récit. Notons : une épouse indienne qui s'enferme dans la chambre à coucher sans raison, une agente de la GRC incognito qui ne sert à rien, des humoristes recyclés en acteurs qui s'avèrent particulièrement désagréables (Christopher Williams) et une histoire d'amour quétaine au possible (la course sur le tarmac de l'aéroport, on a déjà vu ça).

L'humour, vieux et dépassé (qui s'amusera de voir deux femmes anglophones se retrouver aux « danseuses » alors qu'elles voulaient aller « danser »? qui rira de voir une vieille madame s'évanouir dans son assiette en apprenant que son invité est juif?) ne permet pas de racheter l'inutilité du récit, pas plus que ne le permettent les comédiens, prisonniers de leurs caricatures sans subtilités et - c'est bien pire - sans intérêt. Elvis Gratton n'était pas très subtil, c'est vrai, mais il était au moins fascinant par son langage et son comportement.

Un film dans lequel il n'y a aucune performance d'acteur - que des caméos - et dont le scénario est incohérent. Une belle leçon qui nous permet de comprendre que ce n'est pas seulement parce que d'excellents comédiens sont au générique qu'ils auront nécessairement l'occasion d'être « excellents ». On peut être excellent parfois et bien moins excellent d'autres fois. Espérons que ce soit le cas pour l'ensemble des responsables de French Immersion.

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Photo Karl Filion

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