Affiche du film Fleurs brisées
© Alliance Atlantis Vivafilm

Fleurs brisées

Version en français
v.o.a. : Broken Flowers
v.o.a.s.-t.f. : Fleurs brisées
21 septembre 2005

Les fleurs du mal(aise)

Photo Par Karl Filion
Le cinéaste Jim Jarmusch présente avec son plus récent film une vision pessimiste et morose de la vie. Le voyage est prenant et l'expérience agréable malgré la pesanteur du propos.

Le réalisateur américain Jim Jarmusch (Dead Man, Coffee and Cigarettes) a présenté son plus récent film à Cannes, plus tôt cette année. Le cinéaste a souvent manifesté son désir de travailler avec Bill Murray, il a eu la chance de le faire dans Fleurs brisées, une comédie dramatique d'ambiance succulente mais difficile d'accès. Même les spectateurs de bonne volonté auront certainement de la difficulté à saisir entièrement un film qui se cherche autant que son personnage, derrière ses qualités flagrantes de réalisation et de jeu.

Don Johnston, alors que sa copine le quitte, reçoit une mystérieuse lettre lui annonçant qu'il a un fils probablement parti à sa recherche. L'insistance de son voisin le convaincra d'amorcer un périple à travers les États-Unis pour retrouver l'auteure de cette fameuse lettre. Sauf que Don a « le spleen » et ne tient pas vraiment à renouer avec ce passé, ni à retrouver son soi-disant fils.

Un mot, d'abord, sur la réalisation de Jarmusch, qui est à la fois sensible et désintéressée, à la fois mature et impatiente. Un vrai travail expérimenté qui est plus que convaincant. Il sait éviter le mélodrame et les scènes larmoyantes, plusieurs moments bien placés font bien rire alors que d'autres sont plus émotifs, une réalisation toute en douceur, avec la retenue de rigueur pour cette histoire de malaise où la musique est essentielle parce que sans elle, il faudrait se parler.

Bill Murray montre toute l'étendue de son talent grâce à son interprétation confiante. Son personnage blasé, désintéressé, fait bien des voyages, mais le plus important est celui qu'il fait à l'intérieur. Murray partage ce sentiment avec toute son expérience, une performance qui détonne malgré l'ambiance générale du film. Les femmes qui lui donnent la réplique (Sharon Stone, Jessica Lange, Frances Conroy et Tilda Swinton) le supportent bien et c'est tout à l'honneur de Jarmusch d'avoir su saisir un peu de leur complexité.

Plusieurs situations semblent souvent amusantes dans le film, malgré le profond malaise qu'elles causent en réalité. Fleurs brisées est un film sur le malaise, sur le silence et sur les souvenirs, peut-être sur les remords aussi. La difficulté des relations interpersonnelles est saillante dans ce film magnifique qui examine honnêtement et simplement les réactions humaines. La finale, en particulier, s'avère particulièrement significative en ce sens, d'autant que la réalisation de Jarmusch lui confère une intensité singulière.

Dans un film sans faux-artifices, sans émotions factices, le duo Jarmusch-Murray présente un film très efficace sur le malaise, où le silence est plus éloquent qu'un discours prolixe, où l'appréhension est acceptée et même encouragée, un film qui est difficile à aborder parce qu'on ne sait pas par où commencer. Un peu comme une conversation, au fond.

Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées
Où gît tout un fouillis de modes surannées.[…]
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.


- C. Baudelaire, Spleen, dans Les Fleurs du mal.
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Photo Karl Filion

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