Affiche du film  Filière 13
© Alliance Vivafilm

Filière 13

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : File 13
3 août 2010

Monsieur l'agent

Photo Par Karl Filion

Les 3 p'tits cochons avait été une des belles surprises de l'été 2007. Patrick Huard avait visé particulière juste avec cette comédie dramatique véritablement douce et amère, étonnamment pudique et respectueuse, qui mettait en vedette des personnages crédibles défendus par des acteurs en pleine forme. Filière 13, c'est quasi-exactement l'inverse : un humour dépassé, des personnages faussement complexes et un récit inutilement long.

Lorsque son patron Benoît l'assigne à une enquête de surveillance particulièrement ennuyante, Thomas, un policier de Montréal accablé par de féroces maux de tête, se dit que les choses ne pourraient pas aller plus mal. Jusqu'à ce qu'on lui assigne comme partenaire Jean-François, un relationniste affecté par de graves crises de panique qui a aussi des problèmes familiaux. Pendant que Benoît doit composer avec le départ soudain de sa femme, les deux policiers amorcent une enquête parallèle qui pourrait leur permettre de retrouver l'argent volé par un acteur du scandale des commandites.

Une des qualités des 3 p'tits cochons était certainement sa réalisation. Inspirée et mature, elle savait utiliser avec modestie les moyens du cinéma pour laisser toute la place aux émotions ou au rire (qui n'a pas moins de valeur). Cette fois-ci cependant, la réalisation est une suite maladroite d'« effets » affreusement plaqués, souvent cheap, qui illustrent on ne peut plus bêtement des « maux de tête » et autres rêveries. Ajoutez-y un humour plus que douteux, et voilà que Filière 13 s'avère être une comédie très moyenne. Est-ce encore drôle, aujourd'hui, de se faire enlever une dent de sagesse dans d'atroces douleurs? De faire la « tapette » devant sa femme? Ou de l'imaginer avec un autre homme dans une sorte de rêverie? L'humour de Filière 13 est simpliste, presque méprisant, mais il est au moins écologique : il recycle...

Une autre qualité des 3 p'tits cochons était l'interprétation sentie des acteurs. Parce qu'ils pouvaient composer avec des personnages à l'humanité fortement développée. Ici, au lieu de leur humanité, prévaut leur potentiel comique; leurs manies, leurs mauvaises décisions sont donc au centre des gags forcés de Filière 13 (l'élastique, quelqu'un?). André Sauvé est un piètre acteur (et ses fautes de français n'ont aucun effet comique au grand écran, ils diminuent plutôt la crédibilité de son personnage). Même chose pour Anik Jean, qui n'a plus l'âge de se comporter ainsi. Des personnages secondaires aussi minces, cela affecte nécessairement les relations avec les personnages principaux. Seul Jean-Pierre Bergeron amène un peu d'humanité au sien, mais la finale est tellement précipitée qu'on demeure sceptique.

Car le déroulement narratif du film est amorcé bien trop tard; il faut près d'une heure avant que les éléments s'enchaînent enfin jusqu'à la conclusion d'une enquête policière assez peu stimulante. Et qu'on fasse appel, un peu par chance, au troisième « cochon » pour venir boucler leur soi-disant « complicité ». Qui fonctionnait à merveille il y a trois ans parce que ces trois-là (Claude Legault, Guillaume Lemay-Thivierge et Paul Doucet) sont des acteurs de talent. Ici, leurs personnages sont tellement peu crédibles qu'ils ne peuvent rien faire.

On croyait voir naître un auteur lors de la sortie des 3 p'tits cochons. Humoriste et acteur de talent, pourquoi Patrick Huard n'aurait-il pas aussi le talent de réalisateur? On y a cru. Ce n'est pas la première fois qu'il étonnerait. Mais ce deuxième film est un faux-pas, un film sans personnalité, sans signature, qui semble bâclé. Espérons que l'avenir nous prouvera qu'on n'a pas affaire qu'à un exécutant.

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Photo Karl Filion

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